Trois films



The King’s Speech, The Way Back, Hereafter, ou en français : Le discours d’un roi, Les chemins de la liberté, Au-delà.

Trois superbes films, très différents, mais tous les trois forts et émouvants. Le plus réussi, malgré ses faiblesses, est à mon sens celui de Clint Eastwood. L’histoire de l’au-delà est un peu du gloubi glouba, ça reste confus et peu crédible. Quelques vagues images bidonnées du fameux passage, un bouquin de Cécile de France (son personnage) dont on ne sait rien de ce qu’il y a dedans, le don de Matt Damon pour communiquer avec les morts, bon… Mais ce qui est magnifique dans le film, outre le début (le Tsunami, formidablement reconstitué, très impressionnant) est tout ce qui fait le talent d’un grand metteur en scène pour rendre la vie quotidienne. Les scènes à Londres sont formidables, la mère droguée, les deux garçons, la rue, les gens de l’assistance publique, la lecture de Dickens par Derek Jacobi, etc. Les passages aux Etats-Unis aussi, très crédibles, l’entrepôt où travaille Damon, le syndicat, l’école de cuisine italienne (on retrouve avec plaisir un pilier des Sopranos, le cousin de Tony, tué dans la dernière saison). Et puis il y a la France, avec peut-être un cinquième du film en français dans la vo, avec des acteurs français, outre Cécile de France, Stéphane Freiss ou Thierry Neuvic, moins réussie, on ne voit que des décors modernes de studios et des restaurants de luxe, évidemment Eastwood est plus à l’aise avec le monde anglo-saxon.
Mais pour qui aime ces trois cultures, Angleterre, Etats-Unis, France, c’est un régal. Et contrairement à ce qu’on a dit, Cécile de France est épatante comme d’habitude, elle a une espèce de rayonnement, de vitalité, de force, d’allant, qui illumine le film. Plus un sourire ravageur.

Le discours d’un roi est un film parfait, dans le plus pur style britannique. Reconstitution magnifique, humour constant, émotion toujours en demi-teinte, belle histoire d’amitié. Un peu trop prévisible peut-être, car en voyant le trailer on voit presque tout, on ressent même déjà l’émotion. Mais sur le plan historique, c’est passionnant, l’histoire de l’abdication d’Edouard VIII avec sa Mrs Simpson, très noircis ici. Guy Pearce est excellent cependant en roi dandy et fantasque. Et le chic et le snobisme de la famille royale passent merveilleusement avec Helena Bonham Carter, dans le rôle de la femme du roi bègue, Elizabeth Bowes-Lyon, mère de la reine actuelle. La palme revient cependant à Geoffrey Rush, magnifique comme toujours, on attend chacune de ses apparitions avec impatience. Il pourrait jouer n’importe quoi, César dans Antoine et Cléopâtre, Richelieu dans Les trois mousquetaires, Staline dans Dr Jivago, Roosevelt dans 1941 ou Pearl Harbor, il serait génial partout.

Les chemins de la liberté, ou « le chemin du retour » selon le titre original, est un film plus classique, grand spectacle hollywoodien, aventures, suspense, paysages somptueux. Original cependant, car si ça se passe en 1940, pendant la guerre, c’est aux marges de la guerre : des évadés d’un camp du Goulag en Sibérie atteignent l’Inde par la Mongolie et l’Himalaya, sur des milliers de km. D’après une histoire vraie. On passe de l’horreur des camps soviétiques, du travail forcé, de la terreur constante, de l’arbitraire, à la traversée des grands froids sibériens, puis du désert de Gobi en Mongolie, pour finir au Tibet et à l’Inde. Les passages dans le désert sont les plus réussis, c’est la grande aventure, comme dans les récits ou BD d’autrefois. La mort par le soleil et la soif semble plus terrible que dans les étendues glaciales des forêts sibériennes ou par la violence, le travail ou les privations du camp. Ed Harris est formidable, Colin Farrell arrive à faire croire à son rôle de droit commun russe, joint aux prisonniers politiques. Les films sur la période stalinienne et le Goulag sont rares, assez rares pour ne pas saluer celui-là, même s’il rentre dans les conventions du genre.
Et pour une fois Hollywood fait un effort dans l’authenticité, en ce qui concerne les langues. Les Russes parlent russe, les Polonais polonais, les Mongols mongol, etc. Bien sûr, l’anglais domine, il y a ce personnage d’Américain joué par Ed Harris, et l’anglais devient commodément la langue véhiculaire du groupe, mais c’est crédible, plus crédible en tout cas que tous ces films passés où tout le monde parlait anglais quelle que soit l’histoire ou le pays. En outre, le personnage de l’Américain émigré en URSS dans les années 1930 correspond à une réalité : au plus fort de la dépression bon nombre de chômeurs, par désespoir ou idéal, vont aller s’installer dans la patrie des travailleurs, croyant y trouver un avenir meilleur. L’Amérique, pour la première fois de son histoire, devient même un pays d’émigration nette…

Au Masque, ici et . Très sévère pour les trois films, mais bon, c’est l’esprit des Cahiers du cinéma, des intellos qui se la jouent, et pas très bon public. Plus le penchant français habituel pour le communisme : « Ils auraient mieux fait de rester au Goulag, c’était plus intéressant », « On a envie de retourner fissa au Goulag », etc.

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

7 Réponses to “Trois films”

  1. JB Says:

    Dans l’émission de dimanche soir, le Masque et la plume, en parlant du Discours d’un roi, un critique se vante d’ignorer tout de l’histoire d’Edouard VIII, son amour et son abdication, en disant qu’il ne s’intéresse pas aux people ou à Points de vue et images du monde. Le gars confond l’histoire de l’entre-deux-guerres avec les histoires à la Lady Di. Heureusement que Danièle Heymann a relevé un peu le niveau en se montrant estomaquée par cette ignorance. C’est le nouveau truc à la radio, les bobos qui se targuent de leur inculture.

  2. Bianca Says:

    Si c’est toi l’auteur de ces commentaires, bravo. Moi, je n’ai vu que Le discours d’un roi.
    Pour l’anecdote : sais-tu où a eu lieu le mariage d’Edouard VIII avec Wallis Simpson ? Près de Tours au château de Candé à Monts (Indre et Loire)
    Lire : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Cand%C3%A9

  3. JB Says:

    Oui, c’est moi, c’est signé, regarde en haut. Ah OK, ils aimaient bien le Val de Loire apparemment. Z’ont vécu une vie de luxe aux frais du contribuable britannique, sans les soucis du protocole, des discours, des séances mortelles à inaugurer les chrysanthèmes, le David était un fameux glandeur.

  4. AnneLaure Pham Says:

    Ai vu « Au-delà », je suis d’accord avec ton commentaire : le charme du film se trouve dans la manière dont Clint Eastwood nous fait sentir la vie quotidienne … mais la présence de la mort trouble ce charme en le renforçant.

  5. JB Says:

    C’est curieux ce film, il y a les 100 % pour et les 100 % contre, soit une adhésion immédiate soit un rejet global. Comme toi j’ai été séduit par le charme discret des rues de Londres et la vie des catégories populaires en Amérique. J’ai trouvé que ça passait bien, je sais pas pourquoi, c’est indéfinissable.

  6. AnneLaure Pham Says:

    la mort et surtout l’au delà sujet tabou par excellence ! Les discours convenus sont écumés, mais les questions demeurent. Certains se disent on verra bien quand on y sera, d’autres essaient de savoir ce qu’il y a derrière le rideau.

    Par définition, on ne peut penser l’impensable, mais y a-t-on le droit ?

  7. JB Says:

    « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. »
    La Rochefoucauld
    http://sami.is.free.fr/Oeuvres/la_rochefoucauld_maximes_1.html

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :