Une cervelle européenne

La bataille de Tsushima en mai 1905, où la marine japonaise détruit la flotte de Nicolas II venue de la Baltique dans un quasi tour du monde, a été un coup de tonnerre à l’échelle mondiale, comparable au 11 septembre 2001 ou à l’assassinat de Kennedy le 22 novembre 1963. Un tournant historique annonçant la fin de l’impérialisme de l’homme blanc. Pour la première fois, un peuple non européen donne un coup d’arrêt retentissant à cet expansionnisme. Même s’il s’agit du heurt de deux impérialismes, le russe et le japonais, voulant tous deux contrôler la Corée. C’est aussi la plus grande bataille navale depuis un siècle, depuis Trafalgar. Elle changera définitivement les esprits dans le monde et sera le catalyseur de la décolonisation, qui prendra cependant encore un demi-siècle.

Claude Farrère en a fait un roman en 1911, La Bataille, le succès fut lui aussi planétaire, plus d’un million d’exemplaires vendus ! En lisant le livre, on comprend aisément les raisons, même s’il est bien oublié aujourd’hui, comme son auteur. Celui-ci montre merveilleusement les compromis nécessaires qu’un pays – le Japon de l’ère Meiji – doit accepter face à l’impérialisme occidental afin de ne pas se laisser dominer, mais au contraire dominer à son tour. Comment imiter pour ne pas succomber. Et comment l’imitation n’est que vernis de surface, ruse suprême pour justement préserver les traditions, Farrère cite La Bruyère :

Vous le croyez votre dupe : s’il feint de l’être, qui est plus dupe de lui ou de vous ?

La phrase a en outre un deuxième sens, car un conseiller anglais de la flotte est devenu l’amant de la femme de l’officier japonais Yorisaka. Il croit que celui-ci n’est pas au courant. En réalité, il le sait, et sa femme aussi est de connivence avec son mari. Au moment de mourir, au cours de la bataille navale, Yorisaka révèle cela à l’Anglais, en exigeant de lui, tout observateur neutre dans la bataille qu’il soit, qu’il le remplace à la tourelle des canons, lui seul maintenant ayant l’expertise nécessaire pour manœuvrer le télémètre. L’officier anglais, confus de la révélation du mourant, s’exécute, contribuant ainsi à la victoire : « Un gentleman doit payer », murmura Fergan, sombre. (page 269 de l’édition du Livre de poche, 1973 ). Il mourra lui aussi peu après, d’un éclat d’obus.

La débâcle russe est la conséquence de la géographie de l’empire des tsars : l’essentiel de la flotte se trouve concentrée dans la Baltique, et pour venir au secours de la ville de Port Arthur, en Chine, comptoir russe, assiégé par les Japonais, les autorités donnent l’ordre à l’amiral Rojdestvensky de passer par l’Atlantique, l’océan Indien et la mer de Chine, par les détroits du Danemark et de Singapour, par le cap de Bonne espérance, un voyage de plusieurs mois. Les équipages arrivent entre la Corée et le Japon, à Tsushima, la coque des navires couverte d’algues et de coquillages, perdant ainsi trois nœuds par rapport aux bateaux japonais, et les cuirassés et destroyers russes seront des proies faciles pour les marins nippons.

Deux recueils sur Tsushima : Kailash  Omnibus  Le premier contient deux articles sur Claude Farrère et son livre, le second le roman lui-même, à côté de textes d’autres auteurs comme Jack London, Tolstoï, Apollinaire, Lénine, Jaurès, Anatole France…

Extraits de La Bataille, d’abord le chapitre précédant l’affrontement et montrant l’opposition entre deux officiers japonais, celui qui compose pour mieux vaincre, celui qui refuse de composer, ne comprenant pas qu’il signerait par là la défaite :

« PAR conséquent, les tourelles manœuvreront à l’électricité ?

— Oui, tant que les moteurs pourront tourner. En cas d’avarie, nous passerons à la manœuvre hydraulique. Et, en dernier lieu, à la manœuvre à bras. C’est l’ordre.

— Nous obéirons donc, honorablement. » Et le vicomte Hirata Takamori, ayant salué d’abord selon la discipline militaire, les doigts joints et levés jusqu’à la visière de la casquette, salua ensuite selon le rite des daïmios et des samouraïs, le corps plié à angle droit, les mains à plat sur les genoux.

« A présent, souffrez que je me retire. » II s’en allait. Le marquis Yorisaka Sadao le retint :

« Hirata, êtes-vous très pressé ? Il n’est pas encore midi. Vous plairait-il que nous causions un peu ? »

Le vicomte Hirata ouvrit un éventail qu’il portait dans sa manche :

« Yorisaka, vous me faites beaucoup d’honneur. En vérité, je n’osais abuser de vos nobles minutes, et tel était le motif de ma discrétion. Mais je suis flatté de votre condescendance. Dites-moi donc : que vous semble de cette pluie fine, pareille à un brouillard fondu ? Ne pensez-vous pas que, tout à l’heure, nous pourrons en être gênés sur le champ de bataille ? »

Le marquis Yorisaka regarda distraitement la mer houleuse et brumeuse :

« Peut-être », murmura-t-il.

Puis, soudain, face à son interlocuteur :

« Hirata, excusez mon impolitesse : je désirerais vous poser une question.

— Daignez le faire », dit Hirata.

Il avait refermé son éventail, et penchait la tête en avant, comme pour mieux entendre. Le marquis Yorisaka parla très lentement, d’une voix grave et nette :

« Permettez-moi d’abord de rappeler quelques souvenirs qui nous sont communs. Nos familles, quoique souvent ennemies au cours des siècles anciens, ont combattu plus souvent encore l’une à côté de l’autre, durant beaucoup de guerres civiles ou extérieures. Récemment, je veux dire à l’époque du Grand Changement, nos pères ont pris les armes ensemble pour restaurer dans sa splendeur le pouvoir impérial. Et, quoique, un peu plus tard, lors des événements de Koumamoto, cette confraternité guerrière se trouvât rompue, le sang versé en cette occasion glorieuse ne nous empêcha point, vous et moi, de nous lier d’amitié, douze ans après, quand nous entrâmes, le même jour, au service de l’Empereur.

— Le sang versé, Yorisaka, lorsqu’il n’exige pas de vengeance, n’a jamais fait que cimenter l’union des deux familles l’une et l’autre fidèles observatrices du Bushido.

— Il en est certainement ainsi. Nous avons été, Hirata, comme sont deux doigts d’une seule main. Mais il me semble que nous ne le sommes plus. Me trompe-je ? Je vous conjure de me donner là-dessus votre sentiment, sans courtoisie. »

Le vicomte Hirata avait relevé la tête.

« Vous ne vous trompez pas, dit-il simplement.

— Votre sincérité m’est précieuse, répliqua le marquis Yorisaka, impassible. Pardonnez-moi donc si j’y réponds par une sincérité égale. Quoique, en toutes circonstances, vous ayez continué de me témoigner mille égards dont je suis indigne; quoique personne n’ait assurément pu soupçonner, d’après vos paroles ou votre attitude, ce refroidissement de notre amitié, il m’est impossible d’endurer plus longtemps une humiliation même secrète. J’ai donc résolu d’en finir aujourd’hui même; et je vous prie, honorablement, de m’expliquer en quoi j’ai démérité auprès de vous. Telle est ma question. »

Ils se regardaient l’un et l’autre fixement, tous deux immobiles et seuls au milieu de la plage arrière ruisselante de pluie et d’embrun. Au-dessus de leurs têtes, les deux canons de la tourelle étendaient leurs volées immenses. Et, tout alentour, la mer, violemment fouettée par le vent, gémissait et hurlait en bouleversant ses lames.

Le vicomte Hirata répondit plus lentement encore que le marquis Yorisaka n’avait parlé :

« Yorisaka, vous avez tout à l’heure rappelé des souvenirs qui nous sont communs. Soyez bien assuré que ces souvenirs-là n’étaient pas sortis de ma mémoire. Me permettrez-vous maintenant d’en rappeler d’autres, qui peut-être sont sortis de votre mémoire à vous ? Vous avez parlé du Grand Changement. Il est exact qu’à cette époque illustre, origine de l’ère Meiji, votre clan et mon clan ont ensemble tiré le sabre pour le Mikado contre le Shogoun. Mais avez-vous oublié la cause première de cette lutte ? Il ne s’agissait pas de fidélité dynastique. Nul Shogoun jamais n’avait usurpé les prérogatives essentielles des Divins Empereurs fils de la Déesse Solaire. Et sept cents années durant, les princes Foudjiwara, ou Taïra, ou Minamoto, ou Hôjô, ou Ashikaga, ou Tokougawa, avaient, sans inconvénient, substitué leur volonté robuste à la faible volonté des Mikados. Qu’y avait-il donc de changé pour que, tout à coup, tant d’hommes nobles voulussent détruire une organisation sept fois séculaire ?

Il y avait, Yorisaka, ceci : que, cinq ans plus tôt, des vaisseaux noirs venus d’Europe avaient bombardé Kagoshima, et que le Shogoun, au lieu de combattre, avait signé une paix honteuse. Telle fut en vérité la cause. Le Japon, ayant mangé l’insulte et n’ayant pas bu la vengeance, se leva d’un seul bond contre le Shogoun, au cri dix mille fois répété de : « Mort à l’Étranger !… » Mort à l’Étranger. Ainsi crièrent nos ancêtres, marquis Yorisaka. Ainsi crièrent-ils sur tous les champs de bataille, jusqu’à ce que le Mikado eût été restauré dans sa puissance originelle. Ainsi crièrent mes ancêtres à moi; ainsi criaient-ils encore au jour rouge de Koumamoto, quand, indignés contre le nouveau pouvoir, en apparence aussi débile que l’ancien, ils marchaient derrière Sa’ïgo, qui leur avait promis de laver la honte commune dans la victoire ou dans la mort. Ainsi crié-je aujourd’hui, moi. Car je suis l’héritier légitime de ces cadavres. Leurs tablettes funéraires n’ont jamais quitté ma ceinture. Depuis trente ans que je vis, j’attends l’heure de rendre à ces tablettes ce qui leur est dû : la libation de sang. Et voici que cette heure sonne !… Yorisaka, pardonnez-moi ce long discours. Je ne doute cependant pas qu’il ne vous ait donné pleine satisfaction. Vous n’avez certes point démérité auprès de moi. Et que vous importerait, d’ailleurs, le jugement d’un très petit daïmio, dépourvu d’intelligence ? Mais je vous ai ouvert mon cœur et vous y avez lu comme dans un livre imprimé en beaux caractères chinois, très noirs : je hais l’étranger de toute la force de ma haine. Vous, au contraire, qui le haïssiez pareillement jadis, l’aimez aujourd’hui. N’avez-vous pas adopté peu à peu ses mœurs, ses goûts, ses idées, sa langue même, que vous parlez sans cesse avec cet espion anglais, soi-disant notre allié ? Loin de moi l’outrecuidance d’un blâme ! Tout ce que vous faites est, évidemment, bien fait. Mais nos sentiments opposés creusent entre nous un abîme, un abîme que rien ne pourra combler.

Le vicomte Hirata s’était tu. Le marquis Yorisaka ne répliqua pas tout de suite. Il avait écouté jusqu’au bout sans sourciller, ni détourner son regard. A la fin, ayant réfléchi plusieurs graves minutes, il embrassa d’un geste brusque tout l’horizon du sud, noyé de brumes et de fumées confuses, et, d’un ton détaché, questionna :

« Hirata, ne voyez-vous pas quelque chose, là-bas ?… On a piqué midi, si je ne me trompe… Oui. En ce cas, ces nuages verticaux sont probablement les panaches des cheminées russes. Voici venir l’étranger, Hirata, l’étranger que vous croyez haïr si fort… »

II souriait, et ses paupières à demi closes bridaient ses yeux, les resserraient en deux fentes obliques, minces et noires.

« …L’étranger que vous croyez haïr si fort… A ce propos, Hirata… vous avez pris connaissance des ordres secrets… La tactique est singulièrement modifiée, ne trouvez-vous pas ?… en ce qui concerne l’artillerie, surtout…

— Oui…

— Oui ! Singulièrement modifiée ! On ne dispersera plus le tir, comme autrefois… Le feu sera concentré sur la tête des colonnes ennemies… En outre, afin de parer aux accidents de transmission, on a prévu pour les sections isolées une autonomie très large… La tentative est fort audacieuse. Peut-être ne l’aurions-nous pas risquée, si des renseignements de source européenne — anglaise —, n’avaient persuadé l’amiral du succès plus que probable, du succès certain que notre audace nous vaudra. Ces renseignements, savez-vous, Hirata, qui les a obtenus ? qui les a conquis ou volés, par la force ou par la ruse, hardiment, patiemment, péniblement ? C’est moi, Hirata. Il se peut que vous haïssiez l’étranger autant que vous dites. Il se peut que je l’aime autant que vous croyez. Mais il se peut aussi qu’un ennemi tel que vous lui soit moins funeste qu’un ami tel que moi. »

Le vicomte Hirata fronça les sourcils.

« Yorisaka, dit-il, ma stupidité est si grande que vous n’avez pas pu, je le vois, saisir le sens exact de mes paroles. Vous êtes assurément, pour la flotte russe, un adversaire plus dangereux que je ne suis. Et jamais n’est entrée dans ma tête l’injurieuse supposition que vous ne sachiez le mieux du monde faire votre devoir, et servir très utilement les desseins de l’Empereur. Mais vous êtes comme ces maîtres d’armes qui tuent sans colère, quoique infailliblement. Aujourd’hui, je tuerai moins bien que vous. Mais je tuerai avec ivresse. Et ma fureur ne peut pas lier amitié avec votre indifférence.

Le marquis Yorisaka s’était croisé les bras :

« Jugez-vous donc, dit-il, parlant presque bas, jugez-vous donc que mon indifférence soit autre chose qu’un masque, sous lequel bouillonne une fureur plus furieuse peut-être que la vôtre ?… Hirata, je pensais que vos yeux savaient mieux voir !… »

Le marquis Yorisaka s’était cette fois départi de son calme :

« Je pensais que vos yeux avaient su lire en moi ! Mon faux visage n’était que pour les hommes d’Europe. Et vous vous y êtes trompé, vous, un noble nippon ! Vicomte Hirata, vos ancêtres sont tombés à Koumamoto, et vous vous souvenez d’eux, et vous conservez pieusement leurs tablettes funéraires. Mais n’avez-vous pas compris la leçon qu’ils nous ont donnée par leur défaite et par leur mort ? Leçon de patience et de prudence ! leçon de ruse ! Le temps n’est plus des batailles simplement gagnées au tranchant du sabre. Pour vaincre l’étranger, nous avons commencé, vous et moi, par aller dans ses écoles. Mais la science que nous y apprenions n’était pas grand-chose. En outre, nous l’apprenions mal. Nos cervelles japonaises n’assimilaient pas l’enseignement européen. Et je sentis vite la nécessité où nous étions d’acquérir d’abord des cervelles européennes, quoi qu’il pût nous en coûter par ailleurs. Je m’y appliquai; et peut-être y suis-je parvenu… non sans fatigue et sans dure souffrance !… souffrance plus dure que personne ne saura jamais… Mais il le fallait pour l’affranchissement, pour l’exaltation de l’Empire. Je vous le dis, Hirata, le rouge m’est dix mille fois monté à la face, d’oublier, pour mieux imiter l’âme occidentale, les préceptes les plus rigoureux de l’éducation d’un daïmio. Mais je songeais alors aux malades que leurs médecins envoient se plonger dans des bains de boue, et qui en sortent guéris et robustes. Je sors aujourd’hui de ma boue à moi. J’en sors guéri de mon ancienne faiblesse et robuste pour la lutte qui va s’engager. Et je ne regrette rien. Mais je ne m’attendais pas, ayant accompli ma tâche, à subir le dédain d’un compagnon d’autrefois.

Les yeux du vicomte Hirata étincelèrent et sa voix résonna plus sèche :

« Je vous ai dit, Yorisaka, qu’il n’était pas question de dédain. Je prends l’extrême liberté de vous le redire. J’apprécie hautement le souci patriotique qui vous a guidé. Mais vous-même le proclamiez à l’instant : votre cervelle a cessé d’être japonaise pour devenir européenne. Ma cervelle à moi, tout à fait grossière, ne réussira jamais à imiter la vôtre. Pour nous entendre désormais, notre double effort serait donc vain. A présent, tout étant dit là-dessus, ne vous semble-t-il pas superflu de parler davantage ?

— Un seul mot encore, fit Yorisaka Sadao. J’ose vous questionner une seconde et dernière fois… Hirata, nous remporterons tout à l’heure, ici même, dans ce détroit de Tsoushima, une grande victoire. Eussiez-vous préféré que cette victoire fût une défaite, mais que tous les Nippons d’aujourd’hui fussent encore pareils aux Nippons de Koumamoto ?

— Je suis trop ignorant pour vous répondre selon la sagesse, fit Hirata Takamori. Mais permettez que très humblement, je vous interroge à mon tour : Etes-vous certain que tout à l’heure nous serons, comme vous l’affirmez, vainqueurs ! Et, si nous étions vaincus, avez-vous imaginé le nom dont l’Europe nous nommerait, l’Europe que nous aurions plagiée inutilement, ridiculement ?

— Oui, prononça le marquis Yorisaka. L’Europe nous nommerait des singes. Mais nous ne serons pas vaincus.

— Yoshits’né lui-même le fut. Si nous l’étions ?

— Nous ne le serons pas.

— Je le crois sur votre parole. Nous serons donc vainqueurs. Mais après ?

— Après ?

— Après la bataille ? Après la paix signée ? Vous rentrerez, Yorisaka, dans votre maison de Tôkiô. Vous y rapporterez votre cervelle européenne, et vos idées, et vos mœurs, et vos goûts européens. Et comme vous serez un héros très glorieux, le peuple japonais, séduit par votre illustre exemple, imitera vos goûts, vos mœurs, vos idées…

— Non », dit Yorisaka.

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Une Réponse to “Une cervelle européenne”

  1. JB Says:

    « Une mèche de cheveux de Nelson a été donnée à la Marine impériale japonaise par la Royal Navy après la guerre russo-japonaise pour commémorer la victoire lors de la bataille de Tsushima. Elle est encore exposée à l’Académie navale d’Edashima, un musée public géré par les Forces japonaises d’autodéfense. »

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