Le Lasseur de Ranzay

Magnifique photo – et peu connue – de Saint-Exupéry en Afrique du Nord dans les années 1920, à l’époque où il pouvait se poser en catastrophe dans le désert et penser à écrire Le Petit Prince : S’il-vous-plaît… dessine-moi un mouton !
Mais le héros ici est un autre aviateur, pionnier des années 1900, Gilbert Le Lasseur de Ranzay, qui a posé le premier avion à Alicante, en gagnant une course depuis Valence  Une très belle exposition sur les quais de la ville retrace l’histoire de l’aéroport. Il y a un siècle une simple piste en terre, aujourd’hui un ensemble énorme qui reçoit tous les touristes allant à Benidorm et ailleurs. Il s’agissait entre les deux guerres d’une escale importante sur la route de l’Aéropostale.

C’est l’occasion de rappeler tout ce qu’on doit à ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines, la plupart dans leur vingtaine, tombés comme des mouches dans leurs engins précaires, au début du siècle dernier. Et comme si ça ne suffisait pas, l’hécatombe a continué de plus belle entre 1914 et 1918, non contents de monter dans des appareils peu sûrs, en plus ils se tiraient dessus ! Tous n’ont pas eu la chance d’Hélène Dutrieu, morte dans son lit à 84 ans.

« En ce début d’année 1912, l’opinion est surtout ébranlée par une avalanche de décès dans le monde de l’aviation. Début janvier, on apprend la mort d’une fièvre  typhoïde à Florence de l’aviateur Gilbert Le Lasseur de Ranzay (né à Paris le 26 août 1885, fils du poète Louis Le  Lasseur) ; le 23 février, le Lieutenant Ducourneau (brevet militaire n° 11) perd la vie à Pau lors d’une rupture et d’une chute de 150 mètres de son aéroplane ; le 10 mars à Etampes, la jeune Suzanne Bernard (18 ans) se tue alors qu’elle passait le brevet de pilote ; Rodgers, le meilleur pilote militaire Américain, trouve la mort le 4 avril à Longbeach, écrasé par son moteur ; fin mai, le lieutenant d’infanterie et aviateur militaire (brevet militaire n° 57) Thierry de Ville-d’Avray, né le 26 nov 1880 à Honfleur, tombe près de Verdun, appareil brisé ; le 14 mai à Etampes, le capitaine d’artillerie et aviateur militaire Eichemann (brevet militaire n° 10) se tue sur le nouveau monoplan Henri Lavedan  ; le 4 mai à Nice le comte de Robillard-Cosnac perd la vie dans son aéroplane. »

La liste noire se poursuit quand la presse annonce le 30 mai la mort du vétéran américain  Wilbur Wright, et le 7 juin celle d’un autre vétéran, Hubert Latham, tué par un buffle au Congo.

Les officiers militaires débutants ne sont pas les seules victimes de la fragilité des machines. Albert  Kimmerling (né le 22 juin 1882 à Lyon) se tue le 9 juin à Châlons avec son passager, l’ingénieur Tonnet en essayant un nouveau monoplan destiné à la course du circuit d’Anjou. Première femme à traverser la Manche le 16 avril 1912, l’aviatrice Harriet Quimby (26 ans) trouve la mort à Boston le  1er  juillet (rupture des ailes) ; l’aviateur René Bedel perd la vie le 9 juillet, écrasé par son moteur à Châlons. (G. Hartmann)

Le plus spectaculaire est la mort du ministre de la guerre, un bras coupé par l’hélice d’un avion en perdition :

« Et c’est le drame : l’aéroplane glisse et vient faucher les personnalités qui se trouvaient un peu plus loin sur la piste. Il blesse grièvement plusieurs personnes dont Maurice Berteaux, ministre de la Guerre, Ernest Monis, président du Conseil et Henry Deutsch de la Meurthe.
Maurice Berteaux est le plus gravement atteint. Il est grièvement blessé à la tête et il a un bras sectionné par l’hélice de l’avion. Il succombe à ses blessures, sur la piste, quelques minutes plus tard. Le président Monis qui a une jambe cassée et de fortes contusions perd connaissance mais il survivra. Le corps de Maurice Berteaux est ramené au ministère de la Guerre. L’après-midi même est projeté à 16 h 00, au Kinéma Gapka à Paris, un film des actualités Pathé montrant l’atterrissage forcé de l’avion Train sur le groupe de personnalités. Le lendemain, tous les journaux annoncent le drame d’Issy-les-Moulineaux et la mort du ministre. »

Même s’il est bien oublié en France, le dernier article sur Le Lasseur de Ranzay remonte à 1939, il n’a même pas une page dans Wikipedia, les Espagnols n’oublient pas le vainqueur de la course, à 25 ans. Il mourra bêtement un an plus tard en Italie, de la fièvre typhoïde.

      

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