République pirate

Bien sûr il y en a eu beaucoup, des communautés de pirates, c’est même ça qui fascine : comment des hors-la-loi s’organisent entre eux et établissent des règles pour arriver à vivre ensemble. Les Caraïbes au XVIIe siècle en fourmillent, et d’autres dans l’océan Indien au XVIIIe, quand les pirates pourchassés aux Antilles par les grandes flottes de guerre s’y réfugient. C’est le cas de Libertalia, dans la baie de Diego Suarez à Madagascar, auquel Daniel Vaxelaire a consacré un roman. Le Brio qu’on avait à Tamatave en 1987-90 portait ce nom.

Mais ici entre Rabat et Salé, une autre république pirate s’est établie au XVIIe siècle, qui écumait tous les rivages de l’Atlantique jusqu’à l’Islande. Elle a prospéré pendant une quarantaine d’années, à la grande époque des Frères de la côte. Le site, encombré de hauts fonds à l’entrée du port, protégeait la république , la barre de l’Atlantique qui se casse à l’entrée offrait un obstacle supplémentaire, à tel point que toute navigation était évitée en hiver, d’octobre à avril.

Formés d’anciens musulmans d’Espagne expulsés de la péninsule, ils ont semé la terreur sur toute la façade atlantique de l’Europe. On voit toujours ces pirates barbaresques comme des gens sans foi ni loi empêchant la liberté des mers et n’ayant d’autre but que la rapine. Mais il est bon parfois de prendre le point de vue adverse. Les musulmans qui étaient en Espagne étaient là depuis des siècles, leurs ascendants sont arrivés en 711, et les convertis s’y sont rajoutés, et ils sont restés jusqu’en 1609, date de leur expulsion, soit une présence de 900 ans ! Ces gens étaient chez eux en Espagne, après toutes ces générations, comment ne pas imaginer qu’ils n’éprouvent aucun ressentiment à l’égard des chrétiens ? Eh bien, ce ressentiment, certains l’ont exercé depuis Salé, en pratiquant la piraterie sur leurs persécuteurs, ou ceux qu’ils voyaient comme tels.

Quand on remonte la rivière Bouregreg, dans un cadre paisible, vers la marina, ou qu’on en sort, on n’imagine pas toute cette histoire, et qu’il y a trois siècles des navires corsaires ramenaient ici des prisonniers européens par centaines, destinés à servir comme esclaves dans la région. L’un des plus célèbres a été le héros de Daniel Defoe, Robinson Crusoé, au début de son aventure, bien avant l’île déserte. On est aujourd’hui dans une ville moderne, la capitale du Maroc, et ça fait tout drôle de penser à cette époque pas si éloignée. Quelques images du lieu.

          

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2 Réponses to “République pirate”

  1. Dans l’œil du cyclone | Le journal de Joli Rêve Says:

    […] à Nevis Oceano Nox Rio avant Rio Barges de la Tamise Un cyclone à la Dominique Robinson à Salé République pirate Bom […]

  2. Ilhas Berlengas | Le journal de Joli Rêve Says:

    […] Pas de bon mouillage aux Berlengas, même sur l’île principale, mieux vaut prendre le gros zodiac qui fait la visite et laisser le bateau au port de Peniche. La houle est forte ici – ce n’est pas pour rien que tous les surfeurs du monde viennent sur cette côte – et c’est un véritable roller-coaster que la traversée de six milles, l’embarcation monte sur les vagues, tape dans les creux, tout le monde hurle et le pilote s’en donne à cœur joie pour effrayer les touristes. L’île est superbe, des vues magnifiques sur la mer et les criques, et un fort spectaculaire du XVIIe siècle. L’endroit est fréquenté depuis les Phéniciens et les Romains, et pendant longtemps par les pirates berbères de Salé. […]

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