Milk run

The milk run, c’est ainsi que dans le monde de la mer anglo-saxon on appelle la traversée de l’Atlantique sous les alizés, « les vents du commerce » (Tradewinds), d’Afrique en Amérique, du Cap Vert aux Antilles. La traversée la plus facile qui soit, avec des vents portants tout le temps, grand largue ou vent arrière, des vents réguliers aussi, et pas trop forts en décembre (dans les 15-20 noeuds, 4 à 5 Beaufort). Un peu comme un bébé qui finirait tranquillement son biberon, se laissant porter jusqu’à la fin. Il n’y a que la mer qui pose problème, pour un bateau de douze mètres en tout cas, on est constamment agité et la vie est difficile à bord, mais curieusement on s’habitue, à faire la cuisine jeté d’un côté à l’autre, à dormir soulevé sur sa couchette toutes les deux secondes par les mouvements imprévisibles du bateau tel un bouchon sur les vagues.

La meilleure image qui vient à l’esprit, pour représenter cette poussée phénoménale des vents sur 4000 km, c’est celle de ces jouets qu’on pousse sur un rail, d’un coup de pouce prolongé. Là c’est la grand-voile seule, gréement le plus fréquent, qui se fait pousser pendant des jours et des jours, entraînant le bateau, sans qu’on ait à changer quoi que ce soit au réglage. On peut laisser des nuits entières des équipiers néophytes faire les quarts, juste à surveiller les cargos (et il n’y en a pas en fait), et dormir tranquille, rien ne bouge, rien ne claque, la poussée est constante, même la retenue de bôme est inutile, pourtant à la limite du vent arrière.

Le plus éprouvant, outre les mouvements du bateau, c’est en fait l’immensité, la solitude, la mer désespérément vide, désespérément hostile. La vie de l’équipage ne tient qu’à ces 12m de plastique, d’acier, de toile et de verre, ce concentré de technologie qu’est un voilier moderne, ça fait drôle parfois. Le plus sympa, ce sont les nuits sous les étoiles et la Lune, quand la mer, masquée, apparaît tout d’un coup plus apaisée :

Le vaisseau roulait au gré des lames sourdes et lentes, tandis que des étincelles de feu couraient avec une blanche écume le long de ses flancs. Des milliers d’étoiles rayonnant dans le sombre azur du dôme céleste, une mer sans rivage, l’infini dans le ciel et sur les flots ! Jamais Dieu ne m’a plus troublé de sa grandeur que dans ces nuits où j’avais l’immensité sur ma tête et l’immensité sous mes pieds.

Journal au quotidien, mails envoyés à la famille, grâce au téléphone satellite, sacrée invention !

On est à environ 140 milles à l’ouest du Cap Vert, de Santo Antão, position mercredi à 14h30 (16h30 pour vous) : 16° 48′ N, 027° 33′ 500 W Vent de vingt noeuds, trois quarts arrière, beau temps. Tout va bien, sauf la mer, toujours aussi agitée, qui rend la vie pénible à bord.

Troisième jour, tout va bien, on suit l’orthodromie, route la plus courte, compte tenu de la rotondité de la Terre. Rattrapés par un cata de Mindelo, causé en VHF, sinon pas grand-monde, un bateau de pêche japonais cette nuit. Sommes à 16°31′ N, 34° 51 W.

Toujours pareil, mêmes conditions, tout va bien, avons parcouru 500 milles, encore 1500 !

On arrive à 1000 milles nautiques, encore 1000 (2000 km), soit huit jours si c’est pareil.

Le vent nous a laissé depuis hier, on navigue avec un force 2 à 3 (5 à 10 noeuds, en nous traînant à 4 noeuds et moins grâce au gennaker (spy asymétrique), la mer est belle, le temps est beau, mais il faut prévoir un à deux jours de plus dans ces conditions…

Plus que 600 milles, six jours au moins.

Enfin on a la mer comme un lac en plein dans l’Atltantique, la situation décrite par JF Fleurot, avec juste la houle qui vous soulève, le problème est que c’est après deux jours sans vent ou presque (5-7 noeuds de vent, ça donne à la voile trois noeuds, au moteur plutôt 5-6 noeuds). Il revient demain dimanche ou cette nuit, heureusement car nos réserves de fuel baissent…

Encore 450 milles ! Long, long, long. PS Dimanche matin : après des orages cette nuit, première fois qu’on a la pluie, le vent est revenu vers 4h. Moins de 400 milles maintenant, dix heures du matin, on file à six noeuds à la voile.

Plus que deux jours. On devrait arriver mercredi matin…

                   

La marina de La Barbade 

A mettre entre toutes les mains :

The Atlantic Crossing Guide, de Jane Russell 

Sans oublier, de Anne Hammick 

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