Ubu aux Antilles

ou Kafka aux Caraïbes, comme on voudra… Lorsqu’on passe d’île en île dans cette région, de La Barbade vers les Îles Vierges, on peut changer de pays tous les jours, la plupart de ces îles étant des Etats indépendants, même s’il reste les solides départements de l’outre-mer français, et les territoires. Le résultat, comme elles sont à environ une journée de mer les unes des autres, c’est qu’on passe une bonne partie du temps à faire les formalités d’entrée et de sortie, à la douane, à l’immigration, à la police, ce qui implique remplir des tas de papiers, toujours les mêmes, plein de détails inutiles, destinés à moisir sur des étagères, devant des fonctionnaires revêches : check-in, check-out, passeports, tampons, papiers du bateau, clearances, etc. On pourrait penser que si ces pays se constituaient en une vaste fédération, la Fédération de l’archipel des Antilles par exemple, il n’y aurait plus qu’une formalité d’entrée et, des semaines après, une de sortie, cela réduirait les postes inutiles, le temps perdu, la paperasse ubuesque, les situations et détails kafkaïens, etc.

Curieux que la solution de rationalité, de bon sens, ne s’impose pas, ne se soit pas imposée depuis longtemps. Car après tout, toutes ces activités sont improductives, nocives, elles tirent les pays vers le bas, contribuent à leur pauvreté. On ponctionne  le commerçant du coin, le vendeur de rue, le paysan, le producteur, pour qu’ils alimentent par leurs impôts des fonctionnaires inutiles, ne produisant rien, seulement des nuisances, représentant donc un coût absurde pour la communauté, pour ces sociétés dans leur ensemble. Autant de postes, si on rationalisait, qui seraient dégagés pour des activités de services utiles ou de production de biens réels. Pourquoi une solution à l’évidence nuisible persiste-t-elle, pourquoi cette foule de micro-Etats produisant des bureaux miteux, du papier carbone et de la poussière ? La réponse tient évidemment aux intérêts acquis (vested interest), les fonctionnaires en question n’ayant aucun intérêt à la rationalisation, à l’intégration de tous ces Etats dans un ensemble plus vaste, car bien sûr leurs sinécures et leurs fromages seraient les premiers affectés, et on continue donc allègrement à produire de la pauvreté… Pourtant il est bien des exemples de par le monde, où des processus d’intégration ont abouti, où l’efficacité s’est imposée, l’Union européenne, l’euro, la zone Schengen, sont évidemment des exemples de simplification et de rationalisation réussies, même si cette réussite est aujourd’hui menacée.

Et à chaque île, il faut acheter le pavillon, mais ça c’est plutôt sympa, on peut s’en servir ensuite pour décorer le bateau.

  

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2 Réponses to “Ubu aux Antilles”

  1. A.L. Says:

    On peut même nager d’une île à l’autre, 75 mètres, c’est pas beaucoup… 🙂

  2. JB Says:

    🙂 Mais en nageant vite alors, à cause des requins.

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