Miss Maggie

Outre l’interprétation exceptionnelle de Meryl Streep – mais à quoi d’autre s’attendre de sa part ? – qui est une Margaret Thatcher plus vraie que la vraie (on oublie jusqu’à l’originale, on a l’impression que c’est elle-même qui est venue là jouer son propre rôle), le film prend à contrepied, il touche de façon totalement imprévue : au lieu de morceaux de bravoure, genre biopic épique, sur les faits politiques et historiques d’une femme qui a quand même changé l’histoire de son pays (ça arrive très rarement), la réalisatrice insiste surtout sur le côté intime, sur la vie familiale, les enfants, le mari. Et c’est ça qui marche formidablement, on est ému surtout par cet aspect. Le rôle du mari, Denis, celui qui justement est resté dans l’ombre médiatique de cette histoire, devient presque la partie principale du film, la plus intéressante en tout cas.

Quand la jeune Margaret, interprétée magnifiquement par Alexandra Roach, fille d’épicier plus vraie que nature, fait à son fiancé la déclaration suivante, à la Ayn Rand : ‘tu sais, si tu t’attends à ce que je reste à la cuisine, que j’élève les enfants, que je récure les casseroles, ce n’est pas moi, je suis un individu, je crois que chaque individu a le droit de vivre sa vie‘, et qu’il lui répond : ‘Mais c’est pour ça justement que je veux t’épouser !‘, c’est un moment fort, on a la larme à l’oeil. Et ensuite, avec Denis vieux, son sens de l’humour, ses déguisements, son excentricité, la complicité du couple, et son retour comme fantôme qui vient la hanter en permanence, c’est très beau aussi.

Autrement dit, ce que la plupart des critiques reprochent au film, avoir trop insisté sur la fin de la vie du personnage, et pas assez sur les aspects historiques, est justement tout ce qui en fait l’intérêt à mon sens, ce qui marche bien. Les aspects historiques sont là aussi – l’accession au pouvoir dans le parti conservateur, la grève des mineurs, la guerre des Malouines, les attentats de l’IRA, les grévistes de la faim, etc. -, mais ils sont traités de façon assez froide, rapide, superficielle, on voit que ça n’a pas vraiment intéressé la réalisatrice, elle fait le job, mais son attention est ailleurs. Un seul moment est assez réussi, c’est le discours du Premier Ministre aux Communes à la fin de la guerre des Malouines, contre ce qu’elle appelle le « Fascist Gang » des généraux argentins, un discours vibrant de patriotisme britannique, on a beau ne pas être anglais, on est quand même touché. Un autre est celui où après plus de dix ans au pouvoir, Thatcher devient tyrannique et maltraite ses ministres, on comprend sa chute rapide alors, dans une démocratie qui fonctionne.

A noter la facilité de passage des acteurs américains dans un rôle anglais, Meryl Streep a l’accent d’Oxford ici. Et c’est vrai aussi pour la réciproque, on pense à tous ces acteurs britanniques jouant des rôles d’Américains, Hugh Laurie en Dr House par exemple, et plus récemment dans la série Homeland, Damian Lewis qui fait un GI rentré d’Irak incroyablement crédible, plus hamburger et Coca-Cola que son passé à Eton pourrait jamais le faire croire.

Les seconds rôles enfin du film sont magnifiques, Nicholas Farrell en conseiller de Margaret qui se fait tuer par l’IRA, et surtout, surtout, deux acteurs splendides, qu’on a vu dans Game of Thrones et Downton Abbey. Le père de Margaret Thatcher d’abord, l’épicier, père dont elle rappelait constamment l’influence, Iain Glen, il fait le soldat félon dans Game of Thrones, qui est passé chez les Dothraki, Ser Jorah Mormont, et le magnat de la presse sans scrupules dans Downton Abbey, Sir Richard Carlisle, éconduit finalement par la belle Lady Mary. C’est le genre d’acteur qui se révèle à la cinquantaine, et qui joue un peu partout pendant une période forcément courte, et il est excellent. L’autre est jeune, c’est un acteur dont on n’a pas fini d’entendre parler à mon avis, tellement il a de charme et de brio. Il fait le fiancé de Margaret, Denis à vingt ans, c’est Harry Lloyd. Il campait aussi un extraordinaire prince déchu, condamné à une fin horrible, dans Game of Thrones, Viserys Targaryen. Et il joue Herbert Pocket dans la série récente de la BBC, De grandes espérances, Great Expectations, magnifique adaptation de l’oeuvre de Dickens ; ça tombe bien, il est l’arrière-arrière-arrière-petit fils de l’écrivain !

PS Renaud a été très injuste à mon avis avec Margaret Thatcher 😉

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4 Réponses to “Miss Maggie”

  1. corcorico Says:

    ça donne carrément envie ton poste ! dommage ils ne jouent pas encore ça à Rio… (pour l’instant on en est à The Artist – l’as tu vu finalement ? c’est très très bien : du rire, des larmes, beaucoup de charme et d’émotions)

  2. JB Says:

    Les avis favorables sur Allociné, et les défavorables.

  3. JB Says:

    Best of Margaret, the real one.

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