This reading will not stop!

Le titre original du premier film d’Elia Kazan est le même que celui du roman dont il est tiré, A Tree Grows in Brooklyn, mais le titre français n’est pas mal trouvé, il évoque Le lys dans la vallée de Balzac, et il s’applique très bien au personnage principal, Francie, 13 ans, la fille de Katie et Johnny Nolan, des immigrés irlandais. Le film dure un peu plus de deux heures, une durée rare pour l’époque, en noir et blanc. On ne voit pas le temps passer, on est ému dès le début et on finit la gorge nouée, pas comme dans un mélo à la Douglas Sirk, ce n’est pas un mélo, c’est la vie même de ces quartiers de Brooklyn, la pauvreté, qui nous touchent, et la pureté de Francie, sa ténacité, son amour pour son père, un raté et alcoolique, qu’on découvre finalement très aimé dans le quartier, mais seulement à son enterrement. La scène est très forte, et rappelle celle presque identique, dans Imitation of Life, où Lana Turner constate stupéfaite l’immense popularité de sa servante et amie, Juanita Moore, dans les mêmes circonstances. Mahalia Jackson elle-même chante dans le film pour les funérailles, un de ses plus beaux gospels (Trouble of the world), c’est absolument superbe.

Les immigrants : écoutez bien la grand-mère, son anglais est d’ailleurs le seul qui soit facile à comprendre… Les deux livres de la famille sont la Bible et les oeuvres complètes de Shakespeare, elle insiste pour que les enfants continuent la lecture, l’éducation étant le seul moyen, non pas pour elle, ni pour ses enfants, mais pour ses petits-enfants, de sortir de leur condition : This reading will not stop.

La bibliothèque locale : Francie a décidé de lire tous les livres, en prenant les auteurs dans l’ordre alphabétique ! I want to know everything in the world!, dit-elle à la bibliothécaire. Elle est arrivée à B, à un certain Burton… Le film doit beaucoup à la jeune actrice, Peggy Ann Garner, absolument magnifique d’un bout à l’autre. Mais comme souvent dans le cas d’un succès précoce, la suite de sa carrière a été décevante.

Interview intéressante de 40′ de Michel Ciment, spécialiste de Kazan, en bonus dans le DVD du Monde, bien qu’il confonde de façon répétée Betty Smith, l’auteur du livre, et Bessie Smith, la chanteuse de blues, morte en 1937 dans le Mississippi, à la suite d’un accident de voiture, à 43 ans. On trouvera aussi ici une bonne analyse du film (avec des illustrations bien choisies), quoique l’auteur fasse galement la confusion. Il faut dire que la célébrité de Bessie Smith est telle, comparée à un écrivain obscur en France comme Betty Smith, que la faute a dû être courante. James Agee, le grand critique et écrivain des années de la dépression, aimait le film, il en parle dans son style inimitable :

There is a shot of the girl hesitant on the curb which has the lovely authenticity of a wild animal startled by a flashbulb–or of the same shot made by a concealed camera in a real street. There is a shot of [James] Dunn, ghastly drunk in his inky waiter’s suit, so painfully malappropriate to daylight, being shoved and shouted along his home street, which is as poetic and individualized an image of a state beneath humiliation as I have seen. There is a shot of Joan Blondell’s bent hustling back, the thin dress propped and ridged through her underwear, as she goes in to help her sister deliver a baby, which is equally successful in its evocation of women in a special and final class and world and predicament.

Le roman, en livre de poche, n° 452-453-454, 1963 

Pour faire le lien entre Bessie et Betty, le fameux blues Nobody knows you when you’re down and out (Personne ne vous connaît plus quand vous êtes fauché) évoque la pauvreté des années de dépression :

Once I lived the life of a millionaire
Spending my money, I didn’t care
I carried my friends out for a good time
Buying bootleg liquor, champagne and wine

Then I began to fall so low
I didn’t have a friend, and no place to go
So if I ever get my hand on a dollar again
I’m gonna hold on to it till them eagle’s green

Nobody knows you when you down and out
In my pocket not one penny
And my friends I haven’t any
But If I ever get on my feet again
Then I’ll meet my long lost friend
It’s mighty strange, without a doubt
Nobody knows you when you down and out
I mean when you down and out

Mmmmmmmm…. when you’re down and out
Mmmmmmmm… not one penny
And my friends I haven’t any
Mmmmmmmm… Well I felt so low
Nobody wants me round their door
Mmmmmmmm… Without a doubt,
No man can use you wen you down and out
I mean when you down and out.

Versions récentes : Katie Melua, et Carla Bruni :

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Une Réponse to “This reading will not stop!”

  1. Caro Says:

    Superbe entrée!
    Une découverte.

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