Annus horribilis

Pour les Anglais, ça a été l’annus mirabilis, pour nous l’inverse. Le Canada est perdu quatre ans après, au Traité de Paris, même si les Antilles et leur sucre sont préservées, et malgré la grande clairvoyance de Voltaire (« Après tout que nous importent quelques arpents de neige ! »). 

Mais à l’époque la monarchie française voyait ça simplement comme une péripétie, dans la longue lutte qui l’opposait aux Anglais, cette « nouvelle guerre de cent ans » du XVIIIe, quatre siècles après la première. Elle comptait bien retrouver ses colonies outre-Atlantique à l’occasion d’un prochain conflit. La France est la grande puissance alors, et voit de haut les agitations britanniques. D’ailleurs quelques années plus tard, elle prendra sa revanche à l’occasion de la révolution américaine, et le traité de Versailles de 1783 permet de récupérer certains territoires. L’Amérique n’était pas perdue, ni la Louisiane, ni le Canada, il suffisait d’attendre la prochaine occasion… Les deux flottes se valaient, comme le montre la victoire française à la Bataille de la Chesapeake, ayant permis l’indépendance américaine.

Malheureusement un événement imprévu, et de taille, va faire échouer tous ces plans, tous ces espoirs. La Révolution détruit la marine française, dont l’encadrement était formé de petits nobles bretons, vendéens, normands, provençaux, flamands, picards, etc., et sans encadrement une marine ne peut pas faire grand-chose, spécialement une marine aussi technique que la marine à voile. Dans ses romans, C. S. Forester fait dire à son héros, Horatio Hornblower (inspiré de Nelson), des propos tout à fait clairs sur ses adversaires, il parle souvent de « la maladresse incroyable des marins français », qui évidemment avantage les Anglais. Pas étonnant, quand vous avez guillotiné, fait fuir à l’étranger, emprisonné, jeté dans l’autre camp de la guerre civile (Vendée),  la plus grande partie de vos officiers de marine, et qu’ils doivent être remplacés à la va vite par des gens moins qualifiés, il ne faut pas s’étonner des conséquences : Aboukir, Trafalgar, and so on. Comme le dit l’historien Jean Tulard avec raison : « La destruction de la marine française est l’oeuvre de la Révolution. » Adieu l’Amérique…

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