Age cannot wither her

La reine Arsinoé, reine grecque dans l’Egypte des Ptolémées. On apprend enfin où Molière a été chercher ses noms…
Le musée des beaux arts de l’université Yale, Yale University Art Gallery, est tellement riche qu’il faut le prendre par morceaux, l’art antique et médiéval, l’art européen jusqu’au XIXe inclus, l’art américain du XIXe, l’art contemporain enfin. Commençons par le début…

Arsinoé III a eu une vie tumultueuse, dans une histoire ignorée, celle de l’Orient grec après la conquête d’Alexandre, entre d’un côté l’histoire grecque classique, bien connue, celle de Périclès et Démosthène, des Thermopyles et des Perses, d’Athènes et de Sparte, de Platon et Aristote, de Sophocle et Euripide, de Thalès et Euclide, Hérodote et Thucydide, etc., et de l’autre côté l’histoire romaine, aussi connue, et qui équilibre à peu près la première. Entre les deux, on a tiré un trait sur l’époque dite hellénistique, très curieux, tout le monde ignore complètement – à part les spécialistes – les démêlés des Ptolémées ou des Séleucides.

Toujours est-il qu’elle a épousé son frère, lui a donné un fils (époux plus tard d’une Cléopâtre, pas la fameuse), qu’elle a dirigé l’Etat, chevauché à la tête de ses troupes dans des batailles oubliées, et qu’elle a fini assassinée, dure époque.

Sans doute était-elle comme sa descendante Cléopâtre, si belle qu’elle ne saurait rassasier, dixit Shakespeare :

Age cannot wither her, nor custom stale
Her infinite variety: other women cloy
The appetites they feed ; but she makes hungry
Where most she satisfies

Antoine et Cléopâtre, Acte II, sc. 2, 1606

(L’âge ne saurait la faner, ni l’habitude entamer son infinie variété : les autres femmes rassasient les appétits qu’elles suscitent ; mais elle rend affamé là où elle satisfait le plus)

Le célèbre duel de femmes, Arsinoé vs Célimène, dans Le Misanthrope, somptueux, un régal :

Célimène est de loin la plus vache, il faut dire qu’elle n’a rien demandé, la question de l’âge revient ici inévitablement :

Et leur conclusion fut, que vous feriez bien,
De prendre moins de soin des actions des autres,
Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres.
Qu’on doit se regarder soi-même un fort long temps
Avant que de songer à condamner les gens.
[…]
Au contraire, Madame, et si l’on était sage,
Ces avis mutuels seraient mis en usage ;
On détruirait, par là, traitant de bonne foi,
Ce grand aveuglement, où chacun est pour soi.
Il ne tiendra qu’à vous, qu’avec le même zèle,
Nous ne continuions cet office fidèle ;
Et ne prenions grand soin de nous dire, entre nous,
Ce que nous entendrons, vous de moi, moi de vous.
[…]
Il est une saison pour la galanterie,
Il en est une, aussi, propre à la pruderie ;
On peut, par politique, en prendre le parti,
Quand de nos jeunes ans, l’éclat est amorti ;
Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces.
Je ne dis pas, qu’un jour, je ne suive vos traces,
L’âge amènera tout, et ce n’est pas le temps,
Madame, comme on sait, d’être prude à vingt ans.

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