Laborare orare est

Pour avoir enseigné la révolution industrielle pendant des années, et avoir eu longtemps entre les mains un classique sur la question, le livre de Peter Mathias, The First Industrial Nation, à la couverture très réussie, c’est une surprise de trouver le tableau utilisé à Yale, au Centre d’Art britannique. Ce n’est pas exactement le même en réalité, car Joseph Wright of Derby, le premier peintre qui a représenté la révolution industrielle – et un maître du clair-obscur comme on le voit ici – a fait cinq versions différentes de cet atelier du forgeron, The Blacksmith’s Shop. Sur les deux figurant ici, les acteurs au centre sont les mêmes, le personnage âgé à droite aussi, mais le groupe d’enfants est différent. Des voyageurs attendent à l’extérieur le fer à cheval préparé par les artisans. Le lieu est vaste, une espèce d’église en ruine ou un monastère (il y a une statue d’ange sur le porche), rappelant le côté sacré du travail.

Le livre utilise la version la plus connue du tableau, mais en l’inversant, comme s’il était vu dans un miroir mathias_first_industrial_nation

josephwright-blacksmith

Même si l’oeuvre a peu de rapport avec la révolution industrielle, puisqu’il ne s’agit pas d’une fabrique, d’une usine, ni des machines nouvelles, notamment textiles, mais d’un atelier, dont les méthodes étaient les mêmes depuis des siècles, l’atmosphère de labeur et de concentration qui s’en dégage est proche du sujet.

On retrouve la volonté d’unir religion et travail (Laborare orare est*) dans cet émail pour une céramique de Wedgwood, par George Stubbs, Reapers, les moissonneurs. Toujours à Yale, au Centre d’art britannique. Il s’agit ici de la récolte du blé, sous l’œil du superviseur, avec l’église au fond évoquant ce lien.

Josiah Wedgwood est un des pionniers de la révolution industrielle, un des modèles de l’entrepreneur-innovateur cher à Schumpeter, comme Richard Arkwright ou James Watt, à la fois inventeurs et hommes d’affaires avisés, faisant fortune dans leur entreprise.

Un tableau encore plus explicite de John Rogers Herbert, Laborare est orare, se trouve à la Tate Gallery :

* Travailler est prier, et vice-versa, règle de St Benoît et devise des moines bénédictins.

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Une Réponse to “Laborare orare est”

  1. JB Says:

    Léo me fait remarquer : « L’image en miroir de la couverture peut s’expliquer par une norme de la mise en page : il faut que le sens de lecture de l’illustration soit de gauche à droite pour ne pas contrarier le sens de lecture du texte. »
    Autrement dit il faut que le regard suive le mouvement du marteleur, de la gauche vers la droite, plutôt que le contraire, pour ne pas introduire un malaise initial dans la lecture qui doit suivre.

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