Premiers vols

14 bis

Qui a volé le premier ? Clément Ader, les frères Wright ou Alberto Santos-Dumont ? Pour les Français c’est Ader en 1890, pour les Américains ce sont Wilbur et Orville en 1903, pour les Brésiliens c’est Santos-Dumont en 1906, avec son 14 bis et sa curieuse position de pilote regardant en arrière… Le rouleau compresseur médiatique US a persuadé le monde entier que les frères Wright ont été les premiers à faire voler un plus lourd que l’air. Dans les années 1980, j’avais un cours d’histoire à Lyon à des étudiants italiens, et le débat a porté sur Clément Ader : ils m’ont regardé avec des yeux ronds, inconnu au bataillon le pionnier, c’était bien pour eux les frères Wright qui avaient été les premiers.

Surprise au Brésil, ici on est bien persuadé que c’est Santos-Dumont. Et les arguments ne manquent pas : Ader n’avait pas de témoin, son avion a capoté et il n’a pu renouveler son succès. Les frères Wright ont eu besoin d’une catapulte pour lancer leur avion, seul Santos a pu faire voler, avec témoins, et rééditer son succès, un plus lourd que l’air de ses propres moyens. Après tout les Américains ont assez de succès scientifiques et techniques à leur actif pour en laisser aux autres, en particulier aux Brésiliens. Et les Français ne contesteront certes pas tout ça, étant donné que ça se passait à Paris. Vive Santos-Dumont, un génie, un pionnier, un aventurier hors pair ! 

La visite de sa maison à Pétropolis, et des souvenirs, et du musée qui y est réalisé, est passionnante. Le jeune Alberto est un lecteur avide de Jules Verne, il grandit au moment de la deuxième révolution industrielle, celle de l’électricité, de l’automobile, du cinéma, de la chimie, et il rêve de la nouvelle conquête en cours, voler. La fazenda paternelle est la première productrice de café du Brésil, et les procédés industriels y sont introduits. Le jeune fils de famille apprend la mécanique sur le tas, de façon autodidacte. Son père l’envoie à Paris en 1891, à 18 ans, « l’endroit le plus dangereux pour un garçon »  Paris

Tenho ainda alguns anos de vida; quero ver como você se conduz: vai para Paris, o lugar mais perigoso para um rapaz. Vamos ver se você se faz um homem. […] Você não precisa pensar em ganhar a vida, eu lhe deixaré o necessario para viver.
Henrique Dumont

Dans les années 1900, après son succès sur le 14 bis, il devient la coqueluche de la capitale, lançant la mode, notamment le panama aux bords mous et la montre bracelet, qu’il inaugure, fabriquée pour lui par son ami Louis Cartier. L’anecdote veut qu’il ait utilisé son chapeau pour éteindre l’incendie qui prenait dans son moteur après un atterrissage forcé, d’où les bords affaissés.  Une ressemblance frappante avec Proust, peut-être le style de l’époque…  

Santos avait commencé par les ballons, puis les dirigeables, l’armée s’était intéressée à ses expériences, il faut rappeler qu’on est en pleine préparation de la revanche de 1870, jamais le proverbe latin, Si vis pacem, para bellum, n’a été aussi faux, toutes les nations européennes se sont préparées activement à la guerre, et elles ont eu la guerre, et quelle guerre, détruisant en même temps que des millions de jeunes vies la prééminence mondiale du continent. Il avait accepté, à la condition que l’ennemi ne soit pas « dans une des deux Amériques » :

Sous l’influence des faits, je me suis assis à ma table de travail, et dans une lettre au Ministère de la Guerre, j’ai mis ma flottille aérienne à la disposition du gouvernement de la République en cas d’hostilités avec tout pays qui ne soit pas dans une des deux Amériques.

guerre Il y avait peu de chances que la France, toute orientée vers sa revanche avec l’Allemagne, aille faire la guerre en Amérique, et de toute façon aussi loin les engins aériens de l’époque n’auraient servi à rien, mais bon, on peut toujours faire des hypothèses, Napoléon III avait bien été faire la guerre au Mexique quelques décennies plus tôt. Un échec retentissant qui devait en plus vacciner la France. Ou alors imaginer que le Brésil annexe la Guyane française, un peu comme les Argentins ont envahi les Malouines dans les années 1980, mais avec l’immense Amazonie brésilienne, on voit mal l’intérêt du régime à gagner un bout supplémentaire… D’autant que les relations sont au zénith entre les deux pays, comme le montre d’ailleurs la démarche de Santos-Dumont, faisant tous ses essais à Paris.

Son prochain avion est La Demoiselle, en 1909, avec laquelle il atteint la vitesse fabuleuse de 96 km/h. L’appareil tranche par sa ligne élégante et mérite bien son nom  Mais la guerre arrive et Santos-Dumont, d’une santé fragile, va retourner au Brésil, il choisit Pétropolis et se fait construire la maison futuriste qu’on visite aujourd’hui, A Encantada    Musée Santos Dumoont à Pétropolis, RJ

Atteint de sclérose en plaques, il se suicide en 1932, à 59 ans, à Guaruja, la grande station balnéaire de São Paulo, près de Santos 

Carte de visite

Le livre de souvenirs et de prophéties de Santos-Dumont, Ce que j’ai vu et ce que nous verrons, 1918

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Une Réponse to “Premiers vols”

  1. JB Says:

    Ses machines volantes, dans le Fig.

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