Dans l’œil du cyclone

isabel

L’histoire s’est passée en 1980, un ketch bermudien de 48 pieds (14-15m), Island Princess, a été perdu en mer entre Cuba et la Jamaïque en août, pris dans le cyclone Allen, un des plus violents jamais vus (cat. 5), avec des vents dépassant 150 nœuds (300 km/h). Les quatre hommes de l’équipage s’en sont sortis, grâce au radeau de sauvetage et à un cargo norvégien. Bob Payne, du magazine Sail, a recueilli leur témoignage et reconstitué les événements. A un moment, le radeau s’est retrouvé dans l’œil du cyclone, sans vent, au calme, dans le silence, avant d’être repris par les éléments déchaînés.

Island Princess devait être emmenée de Floride à Belize par une société de convoyage basée à Key West. Le bateau était solidement construit, en bois, fait de planches de deux pouces (5 cm) d’épaisseur, et avait été entièrement revu avant le départ. Les deux mâts avaient été démontés et vérifiés, tout le gréement remplacé, et le moteur entièrement révisé, « in top-running order ». D’après le skipper, Barry ‘Finbar’ Gittelman, il était dans un état parfait (« She was just about perfect condition »). L’équipement  de sécurité était également au meilleur niveau, avec toutes les possibilités disponibles à l’époque, ce qui comportait un radeau de sauvetage Givens Buoy de 4-6 places doté d’un ballast à eau permettant de le stabiliser.

Le skipper était expérimenté, ainsi que deux des trois autres membres de l’équipage, habitués à la navigation hauturière, mais le quatrième homme, ‘Doc’ St Clair, faisait sa première croisière en eaux profondes. Cependant Island Princess avait deux caractéristiques qui se révélèrent fatales. Son ballast interne était fait de blocs de plomb mobiles et sa descente était décalée à tribord, ce qui signifiait que si le bateau était couché sur tribord, cette entrée restait sous l’eau plus longtemps.

Gittelman et son équipage avait évoqué la possibilité d’un ouragan, et ils avaient opté pour la route bien plus longue au sud de Cuba au lieu du canal du Yucatan, route qui offrait des abris plus nombreux dans des trous à cyclone.

caraibes

Island Princess quitta Marathon, au milieu des Florida Keys, le 27 juillet, mais la première nouvelle du cyclone Allen leur arriva le 2 août, quand une station météo annonça la formation d’une tempête tropicale, qui se transforma rapidement en ouragan, et allait vers l’ouest, au sud de la Jamaïque.

Bob Harvey se rappela avoir entendu un rapport le 4 août, indiquant cette route au sud de la Jamaïque, avec une atténuation prévue, ce qui suscita un soulagement sur le bateau. Ce qu’ils ignoraient est qu’à ce moment même l’ouragan changeait de direction et venait directement sur eux. Ils ne savaient pas non plus qu’il était seulement passé de catégorie 5 à 4. Être pris dans un ouragan de 4 plutôt que 5, c’était comme être frappé par un train ayant ralenti à 100 km/h… En plus il passa à nouveau en catégorie 5.

A 10h le 5 août, Michael Munroe, autre membre de l’équipage, vit devant eux un immense mur de nuages. Ils n’étaient pas trop inquiets cependant, croyant à une dépression locale. Mais comme la mer se creusait et que les vents forcissaient, ils prirent des ris, et bientôt enlevèrent toute la grand-voile. Peu à peu, la réalité leur apparaissait, ils étaient devant le front du cyclone. « Je croyais encore qu’il allait passer au sud », dit Gittelman, « Et donc la meilleure chose à faire était d’aller au nord, d’abord pour éviter le centre, et ensuite, si nous ne pouvions le faire, pour s’éloigner de la côte nord de la Jamaïque qui est entièrement hostile et rocheuse, si nous étions démâtés ou désemparés.

Le soir, le vent avait atteint 50 nœuds depuis le nord-est et augmentait rapidement. La mer avait des creux de 3 à 5 m. Le bateau, au moteur et à voile au près, avançait avec un foc de tempête. Gittelman était à la barre, et Harvey et Munroe étaient assis avec lui dans le cockpit, tous équipés de harnais et de gilets de sauvetage. Dans l’obscurité, Harvey avait attaché des lignes de vie tout autour du bateau pour qu’ils aient la possibilité de s’attacher, et il avait croisé le cockpit avec des bouts plus épais, pour que s’ils étaient renversés ils ne tombent pas trop loin avant de pouvoir s’accrocher à quelque chose. St Clair était à l’intérieur, dans sa couchette, avec le mal de mer.

Juste avant 22h, Harvey descendit pour prendre la météo. Il annonça en revenant que ça allait mal et que ça allait empirer. Le vent arrivait à 100 nœuds… A minuit la voile se déchira. « Même à ce moment-là, je n’étais pas spécialement inquiet », se rappela Gittelman. Même à nu, le bateau semblait stable et le moteur permettait de contrôler son avance contre le vent. « Je me disais qu’il soufflait une brise d’enfer, mais j’avais déjà connu ça, qu’on pouvait passer à travers, qu’il fallait seulement serrer les dents et le faire. »

Quand le vent s’éleva à quelque 125-130 nœuds, le bateau était encore stable. La mer était horrible, mais les vagues pas si hautes que ça, peut-être de 6 à 8 m, le vent arasant leur crête. Le bateau montait au sommet, s’arrêtait un instant, dévalait le creux, et recommençait. « Nous étions contents de son comportement. Je m’accrochais, tenais bon, seulement occupé à la conduite, avec rien d’autre à l’esprit. »

« Puis il atteignit les 150 nœuds, une estimation à ce point, et je me dis : Jésus, je n’avais aucune idée que ça pouvait aller jusque-là, mais ça ne peut aller plus loin, il faut juste qu’on dure ». Mais ça empira encore. Vers 3h, Gittelman commença à douter. Le bateau n’était plus stable. Ses trente tonnes étaient portées au sommet des vagues et plongées de côté dans les trous. Il songea à mettre des ancres flottantes. Accrochés aux lignes de vie, Munroe et Harvey rampèrent vers l’intérieur avant, prenant dix minutes pour arriver du cockpit à l’espace des bouts, et ramener toutes les lignes d’ancre vers l’arrière. Ils les déroulèrent sur la poupe, avec les chaînes et une ancre de 20 kg. Combien de temps ça a pris, ils n’avaient aucune idée, personne ne s’arrêtait pour écrire dans le livre de bord…

« En deux minutes, j’ai réalisé que ça n’allait pas marcher », dit Gittelman. Le bateau allait à huit nœuds et enfournait, roulant d’un bord à l’autre, avec un comportement erratique, et constamment matraqué par les vagues. « Aussi on l’a ramené dans le vent et remonté toutes les ancres flottantes. » Comment ils ont réussi à faire tout ça dans ces conditions dantesques, même eux l’ignorent.

« Tout ce que je sais, c’est que si quelqu’un me dit, je ne pourrai jamais faire ça, c’est que ce ça ne s’est pas placé entre lui et la survie », dit Harvey.

Le bateau s’en tira à peu près pendant encore une demi-heure, puis tout se dégrada. « Et à ce point, je ne savais pas encore jusqu’où ça irait », dit Gittelman. « C’était au-delà de mon entendement. J’ai été en mer depuis vingt ans, et je ne pouvais simplement imaginer de telles conditions possibles. »

La première fois qu’ils furent renversés, St Clair était toujours à l’intérieur et, inexpérimenté comme il l’était, il ne réalisa pas la gravité de la situation. Une demi-heure avant, Harvey était descendu et lui avait dit de mettre sa tenue de survie, ciré, harnais, gilet, parce qu’il semblait que le bateau n’en avait plus pour longtemps. « Il ne paraissait pas plaisanter », se rappela St Clair, « et donc je me suis levé. » Une fois habillé, il se mit à la VHF et appela quiconque pouvait l’entendre. Il donna la position, dit qui ils étaient, décrivit les conditions et annonça qu’ils pouvaient rapidement couler, tout cela sans réponse…

« Alors je me suis dit que ça ne pouvait pas aller aussi mal, sinon ils m’auraient dit de monter. Je me suis donc recouché. Mais au moment où j’arrivai à m’allonger, le bateau se coucha et tout ce qu’il y avait à tribord tomba de l’autre côté. J’étais dans une cabine à bâbord, regardant sans y croire un geyser de deux pieds d’eau venant d’une ouverture, je dus toucher l’eau pour m’en persuader, et aussitôt je sus qu’il était temps de monter sur le pont. »

En sortant, il attrapa deux choses, son chapeau porte-chance et un couteau de gréement sur une lanière, qu’il se mit autour du cou. En arrivant dans le cockpit, il plaisanta ses équipiers sur le bins qu’ils avaient fait en bas. Puis il eut un choc en regardant autour de lui.

Dans la lueur orange d’un ciel allumé par des éclairs, le bateau était couché avec le cockpit rempli à moitié d’eau, l’eau de mer éclairée par la foudre balayait le pont à l’horizontale, les vagues frappaient la coque dans tous les sens. Gittelman s’accrochait à l’écoute de grand-voile, hurlant quelque chose à Munroe et Harvey, qui, attachés de toute part, se tenaient au mât de misaine, avec les pieds pendant dans le cockpit. Le bruit du vent était au-delà de la fureur, c’était simplement un son blanc sinistre (« dull white sound »).

Durant les prochaines vingt minutes, Island Princess fut renversée encore trois fois. Les hommes étaient emportés au bout de leur harnais, ils se hissaient à bord seulement pour être balayés à nouveau, avalant des tonnes d’eau au passage. Une eau qui rentrait par les évacuations du moteur, la descente, les hublots et les diverses entrées de la coque.

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Ouragan Julio, Hawaii, août 2014

Au quatrième renversement du bateau, à tribord, le lest se déplaça, mettant la descente sous l’eau pour de bon. Trois ou quatre minutes plus tard, la lueur d’une lampe de pont submergée, mais fonctionnant encore, montrait l’endroit où le bateau avait glissé sous les vagues.

« Quand Finbar nous cria d’abandonner le navire », dit St Clair, « Je réalisai soudain que ce n’était pas un film, et aussitôt je libérai le radeau de sauvetage et déclenchai la bouteille pour le gonfler. » Il le fit à l’envers. St Clair et Munroe se jetèrent sur le fond et se battirent désespérément pour l’éloigner du bateau, qui le menaçait avec le mât de misaine allant et venant par à-coups. St Clair pense que c’est à ce moment qu’il s’est cassé des côtes, mais sans certitude, parce que la douleur n’arriva que plusieurs heures après.

Pendant ce temps, Harvey et Gittelman se débattaient dans tous les sens. Harvey ne pouvait détacher sa sangle de harnais, dont l’extrémité était dans le bateau en train de couler, il dut finalement se détacher de son côté, et – relié à rien – sauter dans le radeau depuis le mât de misaine. Il ne dut d’être repoussé au large qu’au bout des doigts de Munroe. St Clair et Munroe, qui regardaient Gittelman depuis le radeau retourné, croyaient qu’il avait décidé de sombrer avec le navire. « Je ne suis pas certain de ce qui m’a pris », dit-il plus tard, « j’étais juste assis devant la barre en essayant encore de piloter le bateau. Il était déjà sous l’eau, tous les autres étaient dehors. J’étais attaché à l’amarre du radeau, mais je restais à la barre… »

Peut-être que le bateau, se dérobant finalement sous ses pieds, convainquit le skipper d’abandonner la roue et sauter dans le radeau. « Aussitôt que je montai sur le fond, je réalisai que quelque chose était emmêlé et que le bateau l’entraînait avec lui. J’avais besoin d’un couteau, mais ne pouvais attraper le mien, à l’intérieur de mon équipement de mauvais temps. Je criai pour un couteau et avant que les mots soient sortis de ma bouche, Doc me colla le sien entre les mains. La lame était déjà ouverte. »

« J’ai perdu mon chapeau porte-bonheur dès les premières minutes’, dit St Clair, « mais le couteau a sauvé notre peau (saved our asses). »

Une fois le radeau libéré du navire, la crête d’une vague le ramena droit et la chambre ballast s’emplit. Tout le monde se précipita dans l’entrée de la tente.

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L’ordre d’abandon de Gittelman a été donné à environ 4h, le mercredi 6 août. En rapprochant les bulletins météo et la position d’Island Princess, entre Port Antonio à la Jamaïque et la côte sud de Cuba, il apparaît que les quatre hommes s’embarquèrent dans le radeau par des vents de 175 nœuds (320 km/h, 200 mph). Les hommes n’avaient pas le moyen d’estimer la force du vent, mais ils avaient l’impression que de la chevrotine tapait en permanence sur le canot et ils voyaient des vagues de 9 m de haut les frapper dans tous les sens en se brisant sur eux.

« Chaque fois qu’une de ces vagues monstres décidait de s’abattre, elle remplissait le radeau et l’enfonçait tellement dans l’eau que mes oreilles éclataient », dit St Clair. « Dans ces moments, nous devions nous lever, pousser avec nos pieds vers le bas, et avec nos bras vers le haut, pour repousser la tente et créer un espace pour l’air. On avait constamment de l’eau jusqu’au cou, et il y avait même des poissons qui nageaient à l’intérieur du radeau. La seule chose qui nous aida à réaliser qu’on était encore vivants fut la petite lumière brillant à la pointe de la tente.

C’est à peu près à ce moment que Gittelman, qui était un peu claustrophobe, dit : « Au diable tout ça, je sors pour respirer ! ». Les autres le retinrent.

Malgré les assauts qu’ils subissaient, et malgré la claustrophobie de leur skipper, l’équipage sentit qu’une fois dans le radeau, ils avaient une chance de s’en sortir. Harvey rapporta : « Dès que le ballast se remplit, ce qui se fit très vite, le radeau se stabilisa. On le sentait s’affaisser à chaque coup de l’extérieur, mais quand la pression cessait il remontait. C’était comme être à l’intérieur d’une matrice. On flottait là-dedans, parfois avec nos pieds vers le haut. Ce n’était pas confortable, mais ça semblait sûr. »

Peu de temps après, les hurlements extérieurs et l’écume dans tous les sens s’apaisèrent, la mer cessa de se briser, le vent baissa, et dans l’obscurité au-dessus d’eux, les hommes aperçurent des morceaux de ciel déchirés. Ils étaient dans l’œil du cyclone. Gittelman dit : « On pouvait entendre le grondement reculer au loin, et alors il y eut cinq ou dix minutes de silence parfait, pendant qu’on restait assis à se fixer les uns les autres. »

St Clair se rappelait comment les figures de ses compagnons paraissaient tirées, serrées, avec des yeux écarquillés et luisants, et il savait qu’il était comme eux. Il se souvint avoir dit : « Finbar, c’est encore un sacré bordel dans lequel tu m’as traîné ! »

Quinze minutes plus tard la tempête était à nouveau là. Ils décrivirent son approche comme si un millier de trains de marchandises arrivaient sur eux. « Mais on n’a pas su à quoi ça ressemblait, personne n’a voulu regarder… »

A environ 6 h, le ciel s’éclaira, mais St Clair dit : « Je ne voulais même pas regarder, mais finalement j’ai abaissé le coin du Velcro – pour aussitôt le regretter. Des vagues s’écrasaient sur le sommet de vagues qui s’écrasaient sur d’autres vagues. Tout était gris et blanc et hurlant. C’était dément (It was insanity).

Mais alors ils se rendirent compte d’un autre problème. Munroe commença à cracher du sang, puis plus tard Gittelman aussi, qui avait le mal de mer pour la première fois de sa vie.

St Clair était chargé du kit de survie, dans lequel il trouva un couteau, six boîtes d’eau de 30 cl, deux de bonbons, une ligne de pêche avec un hameçon, des soins de première nécessité, un sifflet, un miroir de signalement, un kit de réparation, une éponge, et 4 ou 5 paquets d’essuie-tout trempés. Harvey observa : « Si nous avons besoin de papier-mâché pour n’importe quoi, on en a plein. »

En plus, St Clair avait trois fusées éclairantes miniatures, qu’il avait avec lui depuis ses jours au Vietnam. Le radeau contenait aussi deux pagaies, une ancre flottante, deux bouées de sauvetage et un EPIRB (radiobalise) en deux parties, avec la batterie séparée du transmetteur. Les fils entre les deux avaient été arrachés, ce qui le rendait inutilisable.

« J’ouvris deux boîtes d’eau et fit boire à tout le monde une quantité raisonnable », dit St Clair. « On avait avalé pas mal d’eau salée, et les dommages au foie et aux reins que ça peut causer ne sont pas rien. »

Pendant que Munroe et Gittelman se reposaient, Harvey et St Clair passèrent le plus clair de la journée du mercredi penchés à l’ouverture avec les pagaies pour essayer de maintenir l’embarcation sous le vent et les vagues, dans une mer qui restait dangereuse, malgré un début de baisse du vent. De temps en temps, Harvey retirait ses bottes et écopait avec. « Le radeau n’arrêtait pas de se remplir, mais au moins nous faisions quelque chose. »

Au bout d’un moment, les deux parties gonflables du leur embarcation se séparèrent, et il fallut les relier avec la ligne de l’ancre flottante. Le soir, ils burent à nouveau deux boîtes d’eau, et St Clair, constatant des signes d’hypothermie, encouragea les hommes à se pelotonner pour trouver un peu de chaleur.

« On sentait le froid et la douleur. Chaque fois qu’on commençait à réchauffer un peu l’eau qui entourait nos corps et qu’on s’assoupissait, une vague arrivait et nous gelait tout entiers. »

Le jeudi, avant l’aube, les hallucinations arrivèrent. St Clair vit ce qu’il prit pour les lumières de la Jamaïque. Il s’imaginait regarder des feux de voitures sur la côte et ceux des maisons. « Ca y est les gars, on y est, regardez ! » Les autres jetèrent un œil mais ne virent rien… Harvey crut entendre un chien aboyer et des gens parler. Munroe voyait des bandes dessinées.

Plus tard, St Clair passa une bonne partie de la journée à parler à un oiseau qui s’était posé sur la tente. « Il était bien là, dit Gittelman, mais il ne pouvait parler. » L’après-midi, ils burent leur dernière ration d’eau et, parce que la condition de Munroe semblait s’aggraver, ils lui en donnèrent plus.

St Clair se remémore : « A ce stade, je regardai longuement Michael, et me dis qu’il serait mort le lendemain à la même heure. Il devenait incohérent. Ses yeux se retournaient. J’ai déjà vu des gens comme ça, seulement à quelques pas de la fin. Et ce serait ainsi. Il serait le premier. Finbar avait recraché beaucoup de sang aussi, et je pensais qu’il viendrait après. J’avais des côtes cassées, ce qui faisait de moi le plus faible ensuite, et donc ce serait mon tour. Et Bob finirait la série, seulement par le choc de nous voir tous partir un par un.

Harvey cependant n’avait pas l’intention de voir le script se dérouler ainsi. Il dormait l’essentiel de la journée, pour pouvoir veiller la nuit, quand il pensait avoir les meilleures chances de faire des signaux à un navire éventuel. C’est ainsi qu’il fixait la nuit, vers 22 h, par l’ouverture de la tente, quand un feu apparut à l’horizon. Il l’observa un temps, puis, à voix basse, presque sans émotion, annonça : « Il y a un bateau. »

Immédiatement les trois autres furent dans l’ouverture. Dès qu’ils se mirent d’accord sur le fait qu’il s’agissait bien d’un navire et non d’une étoile basse sur la mer, St Clair déclencha quatre fusées rouges, l’une après l’autre. Puis il alluma une fusée éclairante portable à la main. Harvey, qui connaissait le Morse, fit des signaux avec la lampe torche, comme ‘SOS’ ou ‘Out of water’.

Sur le pont du tanker norvégien Jastella, le second repéra un point rouge au nord. Au début il pensa à un phare sur la côte cubaine, mais sa carte montrait que ce feu était encore à quarante milles. Il crut un moment à un bateau de pêche, puis il vit une lumière blanche intermittente, quelqu’un essayait de lui envoyer un message. Il identifia le mot ‘water’. Il essaya la radio, puis un balayage radar. Rien. Ca ne pouvait être, raisonna-t-il, qu’un radeau.

Deux jours plus tard, l’équipage de l’Island Princess était à l’hôpital aux îles Cayman – la destination du Jastella – et après un séjour d’une semaine, ils étaient de retour à la maison, à Key West.

Par la suite, Gittelman dit : « Ca nous a changé, sûr, mais nous sommes des marins, et ça ne nous empêchera pas de retourner en mer. Avec quelques leçons apprises. On a appris sur les radeaux, sur la survie, et sur ce que ça coûte de voir un bateau couler. Mais surtout on a appris à ne pas être à un endroit particulier au mauvais moment (where not to be when). On a appris à éviter à tout prix les Caraïbes pendant la saison des cyclones. »

Ce récit a été également publié dans le livre de Paul Gelder, Sunk without trace, Adlard Coles Nautical, 2010.

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Une Réponse to “Dans l’œil du cyclone”

  1. jeanclaudehubi Says:

    Ouf !!

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