Pico

Pico, depuis l’île voisine de São Jorge

On n’aurait pu mieux choisir le nom, de ce pic, et de cette île, juste en face de Horta, qui comporte le plus haut sommet du Portugal (2351 m), le Portugal continental s’élève à 1993 m dans la Serra da Estrela au centre du pays. De même que les Canaries contiennent le point culminant de l’Espagne, plus haut que tous les pics de la Sierra Nevada (mont Mulhacén, 3478 m) et des Pyrénées (Pic d’Aneto, 3404)!

Depuis Horta, Pico domine majestueusement, sauf quand il est dans les nuages, ce qui est le plus fréquent. De quoi donner envie à tous les amateurs de randonnée. Le sommet semble nous narguer en permanence… On s’est enfin décidé, alors que le temps était au beau depuis deux jours et que la météo était plutôt favorable. Le ferry à 7 h nous emmène le 13 juin sur l’île voisine, ensuite un taxi à la Casa da Montanha, point de départ de l’ascension. On est à 1200 m, il y a 1200 m de dénivelé pour atteindre le sommet. Mais dès l’arrivée, une pluie battante nous attend, des nuages épais, avec une visibilité de 10 m… Et un vent chargé d’eau qui vous fouette en permanence.

Les Portugais n’ont pas lésiné avec leur sommet, l’organisation est hors-pair, on vous donne des GPS portatifs, la montée est superbement balisée, et même un écran à l’accueil montre en temps réel la position de tous les marcheurs le long des 1200 m de montée. On sait ainsi en permanence où se trouvent ses amis, si vous êtes séparé, et dans combien de temps ils arriveront, ou reviendront.

Malgré le temps, on part quand même, Rufus, deux jeunes Français (Edern et Guisem), et moi. Je suis vite largué, ils montent comme des cabris, et je continue avec un couple d’Allemands. Il y a 47 bornes à franchir pour aller jusqu’en haut. La montée est difficile, à mi-chemin entre la randonnée et l’escalade : des rochers pointus, agressifs, des éboulis de pierres, pas facile… La femme du couple renonce à la borne 15 et redescend avec un groupe de jeunes Portugais croisés en chemin, je continue, mais à la borne 21, soit environ à 1800 m (il reste 600 m de dénivelé), je jette l’éponge. On est trempé de la taille au fond des chaussettes, on ne voit rien, avec peu d’espoir que le temps s’améliore. Malgré mon compagnon allemand qui ne cesse de répéter, ça va s’éclaircir, ça va s’éclaircir… La descente est longue, encore plus pénible que la montée, les genoux prennent des chocs terribles (j’aurai mal pendant un mois après…).

Arrivé au refuge, on essaye de se sécher tant bien que mal, avec tous les autres randonneurs, tous trempés jusqu’à l’os, même ceux qui ont des équipements de pointe. Certains ont dormi au sommet, sous la tente, pour voir le lever de soleil sur les Açores centrales (il faisait encore clair à cette heure) : « De là-haut, les levers et les couchers de soleil sont uniques au monde. » Finalement, mes compagnons sont allés jusqu’en haut – sans voir grand-chose non plus malgré une petite éclaircie au sommet -, et on se retrouve tous au ferry vers 18h, ils arrivent eux aussi complètement trempés. Une bande de quatre filles tchèques m’ont donné bien plus tôt un lift jusqu’en bas, dans leur voiture louée. C’est sans doute la pire rando que j’ai faite de ma vie, mais comme dit Edern, cela donne les meilleurs souvenirs !

Pico depuis Faial :

Pico depuis São Jorge et le ferry Horta-São Roque (Pico)-Velas (São Jorge) :

Madalena, le port de l’île de Pico, île des Açores réputée pour son vin et ses vignobles classés par l’UNESCO :

Faial au fond, Horta et le Monte da Guia

Un nappage de basalte que les autochtones appellent le « dallage », et sur lequel, depuis des siècles, on cultive la vigne. C’est de ces inhospitalières étendues minérales que les hommes sont parvenus à extraire un vin mythique que les plus exquises tables d’Europe s’arrachaient au temps lointain de sa splendeur : le verdelho. À force de coups de pioche, en profitant de la moindre fissure dans le dallage volcanique, les habitants de l’île de Pico ont planté un à un les ceps de vigne afin qu’ils puissent enfoncer leurs racines entre les pierres. Et, comme ces vignobles improbables devaient être protégés des embruns, des pluies torrentielles et des vents, ces paysans de l’extrême ont élaboré un maillage serré de murets, de terrasses et de chemins de desserte. De loin, ces incroya­bles cons­truc­tions enserrant de minus­cules parcelles forment une véritable dentelle de pierre noire : le paysage caractéristique des vignes du Pico. C’est la richesse de ce paysage gagné sur les flancs du volcan, et sa persistance, que l’Unesco a inscrites, en juillet 2004, au patrimoine mondial de l’humanité.
Manuel Gonçalves da Silva, Le Monde, 26 mars 2008

 

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