Lisbonne, et quelques toiles (2)

Painéis de São Vicente de Fora, Nuno Gonçalves, 1480. Henri le navigateur est dans le troisième panneau à partir de la droite, au centre-droit, avec la coiffe noire.

Au musée des arts anciens maintenant, qui est en fait le musée public des beaux arts de la capitale. Museu nacional de Arte Antiga, MNAA. Avec les fameux Panneaux de St Vincent. Très riche, dominant le Tage, avec un parc et des vues superbes, c’est une véritable oasis en été : alors que les autres lieux touristiques sont envahis à un point que tout le plaisir éventuel est gâché (on se retrouve comme dans le métro), ici c’est frais et désert, à peine quelques visiteurs circulant à l’aise dans les vastes salles, et dégustant un café ou une boisson fraîche dans le jardin. Plaisir suprême après une visite au musée…

Jheronimus Bosch, ou Jérôme Bosch, est là, avec ses démons, ses fantasmes et ses inventions, dans sa Tentation de St Antoine de 1498. Flaubert a analysé la tentation sans trêve :

C’est dans la Thébaïde, au haut d’une montagne, sur une plate-forme arrondie en demi-lune, et qu’enferment de grosses pierres. La cabane de l’ermite occupe le fond. Elle est faite de boue et de roseaux, à toit plat, sans porte. On distingue dans l’intérieur une cruche avec un pain noir ; au milieu, sur une stèle de bois, un gros livre ; par terre çà et là des filaments de sparterie, deux ou trois nattes, une corbeille, un couteau. À dix pas de la cabane, il y a une longue croix plantée dans le sol ; et à l’autre bout de la plate-forme, un vieux palmier tordu se penche sur l’abîme, car la montagne est taillée à pic, et le Nil semble faire un lac au bas de la falaise. …

L’enfer n’est pas loin, d’un maître portugais inconnu, au début du XVIe siècle :

Lucas Cranach l’ancien peint Salomé, avec la tête de Saint Jean-Baptiste, une histoire du Nouveau Testament :

Hérode, qui avait fait arrêter Jean, l’avait lié et mis en prison, à cause d’Hérodias, femme de Philippe, son frère, parce que Jean lui disait : Il ne t’est pas permis de l’avoir pour femme. Il voulait le faire mourir, mais il craignait la foule, parce qu’elle regardait Jean comme un prophète. Or, lorsqu’on célébra l’anniversaire de la naissance d’Hérode, la fille d’Hérodias dansa au milieu des convives, et plut à Hérode, de sorte qu’il promit avec serment de lui donner ce qu’elle demanderait. A l’instigation de sa mère, elle dit : Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean Baptiste. Le roi fut attristé; mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda qu’on la lui donne, et il envoya décapiter Jean dans la prison. Sa tête fut apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille. Évangile selon St Mathieu

On retrouve l’histoire de Jean le Baptiste en quasi bande dessinée par Simão Rodrigues (c. 1620), sa naissance, son intervention contre le mariage d’Hérode et Hérodiade, son incarcération, et finalement sa mise à mort :

Albrecht Dürer peint Saint Jérôme en 1521 :

Le vrai temple du Christ, c’est l’âme du croyant ; c’est elle qu’il faut orner, combler de présents ; en elle, accueille le Christ. De quoi servirait-il que des murailles rutilent de gemmes, si le Christ, en la personne d’un pauvre, meurt de faim ? Jérôme de Stridon

Le martyre de Ste Ursule et des Onze mille vierges, représenté par un peintre inconnu en 1522. Ici elles sont massacrées par les Turcs, curieusement. Curieusement car la légende date du XIIe siècle et porte sur un épisode du Ve, il n’y avait guère de Turcs dans les parages… En fait il s’agissait des Huns. Mais on est en plein XVIe siècle, alors que fait rage la guerre entre les chrétiens et les musulmans pour le contrôle de la Méditerranée, d’où l’interprétation du peintre, voir aussi tous les navires derrière. Il s’agit évidemment d’une légende, car comment onze mille vierges auraient pu être assassinées ? En fait il semble qu’elles aient été onze, et que l’inscription en latin, XIMV signifiait, non pas onze mille, mais Onze (XI), martyres (M), des vierges (V). Ou alors, selon une autre interprétation, elles n’auraient été que deux, Ursule et sa servante, Undecimille, dont le nom bizarre aurait été compris comme ‘Onze mille’.

Le tableau représente plusieurs moments différents, un peu comme une bande dessinée, le départ à droite, le voyage ensuite, le martyre, et finalement le retour des reliques par la flotte portugaise :


Détails des Panneaux, on remarque un personnage ressemblant à Mitterrand, dans le volet des archevêques…

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