Le voyage en Amérique

Juillet 2013

de Thula Thula, 2011-2017, près de six ans passés dans le Nouveau Monde, de décembre 2011 à avril 2017, dont cinq aux US, sur la côte Est et dans le golfe du Mexique, entre la Nouvelle Orléans, le plus à l’Ouest, et Mount Desert Island, dans le Maine, le plus à l’Est (et au Nord…). Avec des allers-retours en Europe en avion bien sûr. Un petit essai de bilan de cette expérience de voile et de plaisance en Amérique.

Une première chose qui frappe, c’est l’absence relative de voiliers étrangers – et notamment français – sur les côtes américaines, aux Etats-Unis mêmes je veux dire. Aux Antilles, aux Bermudes, aux Açores, et bien sûr aux Canaries et aux îles du Cap Vert, les bateaux français pullulent, mais aux Etats-Unis, rien, ou presque, en cinq ans j’ai dû en rencontrer trois, un à Annapolis (baie de Chesapeake, près de Washington DC), un à Miami et un à Portland (Maine). Comment expliquer cela ? En discutant avec les voileux français aux Bermudes, aux Açores ou au Portugal, il y a deux types d’explication, la première, c’est que c’est compliqué, il faut un visa, on préfère se limiter aux Antilles, aux Bahamas, ou à la rigueur filer directement dans les Provinces maritimes du Canada, Nlle Ecosse, etc. La deuxième est l’antiaméricanisme français, une réponse typique d’une femme à Lisbonne, quand je décrivais à elle et son mari, sur leur voilier se préparant à traverser, les conditions de la plaisance là-bas, c’est : Niet! Jamais je ne mettrai les pieds, la quille plutôt, aux Etats-Unis, et on devinait les raisons, l’hostilité politique, l’image souvent mauvaise du pays en France. Sur ce motif, les Américains ne peuvent pas grand-chose, mais sur le premier, ils se coupent, par des obstacles administratifs idiots (les visas, les démarches), de tous les plaisanciers européens qui pourraient venir chez eux, et qui viendraient, ils se privent ainsi d’un apport énorme en devises, en travaux, en rencontres, alors qu’ils ont une infrastructure fabuleuse pour la plaisance, à des conditions très avantageuses.

Aux BVI, 2012

Parlons de cet aspect, la voile aux US… D’abord je ne connais (en bateau) que la côte Est, pas l’Ouest du pays, le Pacifique. Sur la côte Est, c’est plat, c’est peu profond (il arrive qu’on s’échoue, sans grand dommage car c’est du sable et on vient vous tirer de là rapidement, et pour pas cher), rien à voir avec les montagnes à l’Ouest, qui doit ressembler plus à l’Europe. Le seul endroit où on commence à voir du relief, sur l’Atlantique, c’est dans le Maine, avec aussi des îles à foison, des fjords, des mouillages partout, c’est là qu’on trouve l’intérêt majeur de la voile sur les côtes américaines de l’Est. Le reste, du fait de l’absence de relief, c’est soit la côte rectiligne, où on navigue en mer avec la possibilité de rentrer dans des ports ou des inlets fréquents, soit le waterway, c’est-à-dire cet immense canal mi artificiel mi naturel qui va de Miami à New York, et de l’autre côté de Miami au Texas, avec deux interruptions sur la côte Ouest de la Floride, trop peu profondes pour l’ICW, il faut sortir en mer impérativement, sur plus de 120 milles, ce qui implique une navigation de nuit, pas d’abri possible. Mais malgré le peu d’intérêt d’une côte plate, de Miami à New York, de Miami à Key West, ou de Key West à la Nouvelle Orléans, c’est compensé par la richesse de la vie sauvage. Quand on traverse la Géorgie par exemple, les Sea Islands, on ne voit pas une ville ni un village pendant des jours, on est en pleine nature vierge, avec des marsouins, dauphins, crocodiles, oiseaux, poissons en tout genre, etc., et mouillages forains partout. Et ça à l’intérieur, sur le waterway. C’est un spectacle inoubliable, faire ça seul en outre, donne un sentiment étrange de début ou de fin du monde…

Sound

Low Countries & Sea Islands, Georgia, 2013

Pour les aspects pratiques maintenant, en comparaison avec l’Europe ou les Antilles. Tout est plus facile et moins cher aux Etats-Unis, les marinas, le fuel, les réparations, les pièces, les shipchandlers. La chaîne énorme de supermarchés pour bateaux, West Marine, plus tous les entreprises familiales locales du même type, fournissent tous les produits que vous voulez en un temps record. Par exemple, à Mobile, dans un West marine près d’une marina perdue, j’ai commandé des pièces embouts de rails d’écoutes, très rares, montées au départ au Danemark, que j’ai eues en quelques jours… Un seul bémol, pour ce qui est des techniques les plus up-to-date, comme changer un joint de sail drive, il vaut mieux être en Europe. A Miami et Fort Lauderdale par exemple, des villes spécialisées dans la navigation, impossible de trouver une entreprise disposée à le faire. La concurrence plus forte en Europe entre constructeurs est un facteur de progrès et d’innovation, et là-dessus les Américains sont en retard. Raison pour laquelle les Bénéteau ont tant de succès, l’entreprise a même une usine sur place, et les voileux ne jurent que par Bénéteau, abandonnant leurs constructeurs un peu ringards. Pour l’accueil enfin, il est incomparable, les gens sont gentils et compétents, dans les marinas, chez les artisans, dans les magasins spécialisés, tout est agréable.

Départ des Bermudes pour les Açores, mai 2017, photo prise par « Adventure of Stockholm », Susan S. à l’avant

De 2012 à 2017, US customs stamps:

us_stamps

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