Explosion

Vidéo d’une explosion au gaz, sur Yachting Monthly, tout saute à partir de 5′ 40″.

« Le 30 juin 1999, le yawl Nicholson de 55 pieds (17 m), Lord Trenchard, appartenant à l’armée britannique, et utilisé pour l’entraînement et le loisir des hommes et femmes enrôlé.e.s (non, je blague…), a été détruit par une explosion de gaz alors qu’il était à quai, dans le port de Poole. Deux personnes ont été blessées, dont une très gravement. Ce récit de première main de l’accident, par le second, Gavin McLaren, permet de réaliser les risques pour quiconque à un système de cuisine au gaz à bord de son yacht. » Jack Coote et Paul Gelder, Total Loss

Le bruit des mouvements dans le carré et les discussions à voix basse m’éveillent. Il fait grand jour, je regarde ma montre : sept heures moins dix, je peux encore somnoler dans ma couchette quelques minutes. Je pousse un peu le rideau et vois deux membres de l’équipage sortir avec leur serviette. Le skipper, Colin Rouse, est déjà prêt. ‘Quel temps fait-il ?’ Je demande.

‘Il fait beau’, répond-il, ‘ça a l’air d’aller pour Cherbourg. La bouilloire est en route.’

Je me laisse encore aller et pense au programme pour aujourd’hui. Sept nouveaux équipiers vont nous rejoindre après le breakfast et dans ma tête je me refais le briefing qu’on va leur présenter avant de partir. J’entends le générateur, sous le cockpit, se mettre à tourner au moment où Colin le lance au panneau de contrôle près de la descente. Il ne démarre pas au premier coup, mais je l’entends ronronner ensuite.

Chaos. Je reste conscient et ressens une douleur épouvantable. La totalité de ma jambe droite donne l’impression d’avoir été électrocutée. L’agonie continue encore et encore. Je ne peux voir, je suis couvert de quelque chose de blanc et translucide. Il n’y a aucun bruit, puis j’entends des hurlements. Des cris sourds masculins de terreur, il me faut un moment pour réaliser que c’est moi qui les émets. De façon illogique, je crois que quelque chose est arrivé au générateur et que des câbles ont fouetté ma jambe. Après ce qui me semble durer des âges, la douleur commence à faiblir. Vaguement j’entends une voix. ‘Il a perdu sa jambe’. Je tourne le regard vers la droite et voit une jambe sectionnée à côté de ma couchette, là où la table à carte devrait se trouver. Pendant un instant terrible, mon cœur s’arrête de battre, et je pense que c’est la mienne. Puis je réalise qu’elle est bronzée et qu’elle porte une chaussette et une chaussure, ça ne peut être à moi.

Je crois que j’ai perdu conscience à ce moment et la première chose que j’ai réalisée c’est que quelqu’un me sortait des restes de la cabine. Ils retirent de mon corps des morceaux brisés de fibre de verre. Je suis allongé sur la coque, le plancher a disparu, il ne reste plus grand-chose des couchettes. Mes sauveteurs me tirent vers l’extérieur, par le trou béant de ce qui était la descente. Il y a une odeur de résine, comme si j’étais dans un atelier de réparation. Mon visage et mes yeux sont couverts de sang, et on dirait que j’ai quelque chose à mon pied droit – il saigne et ne peut supporter mon poids. Je me retourne sur le désastre, sur ce qui avait été le carré. Colin est étendu là, avec des gens affairés autour de lui. Le moignon de sa jambe pointe directement vers moi. L’intérieur est dévasté – j’ai du mal à concevoir ce qui s’est passé. Il y a du sang partout.

Je ne me souviens de rien d’autre, jusqu’à ce que j’arrive sur la jetée, depuis TS Royalist, bateau le long duquel était amarré Lord Trenchard. Il y a des voitures de police et des ambulances partout sur le quai, et d’autres qui arrivent. Je n’entends que faiblement leur sirène. Il y a un tas de verre brisé et une foule qui commence à s’attrouper, retenue par la police. Un sergent me parle, mais je peux à peine le comprendre. Il me secoue, ‘Combien de gens y avait-il à bord ? Combien ?’ J’essaie de rassembler mes esprits, ‘Quatre !’, je lui dis.

Yawl Nicholson à quai

Je me retourne vers Lord Trenchard. Tout le cockpit et le pont arrière ont disparu, laissant un trou béant de six mètres de long. Le mât arrière est tombé vers l’avant et la poupe a été déchirée. Il y a une fente profonde qui va du hiloire le long de la coque jusqu’à la ligne de flottaison. Tout le pont a été soulevé et tous les hublots éclatés. C’est seulement à ce moment que je réalise ce qui s’est passé, une explosion. Je veux revenir sur le bateau pour aider Colin, mais, raisonnablement, on ne me laisse pas faire. ‘Il va bien, il est pris en charge’, me dit-on. Toujours avec du sang qui goutte de mes vêtements, on me met dans une ambulance et on m’emmène.

Voilà la réalité d’une explosion au gaz. Sa violence défie l’imagination. Le bruit a été entendu jusqu’à six km alentour et des fenêtres ont été brisées le long du quai, bien que le Royalist ait fait écran. Les deux autres équipiers à bord, qui étaient comme moi dans leurs couchettes n’ont rien eu, miraculeusement, mais sont en état de choc. Deux autres équipiers qui venaient juste de sortir sur la jetée ont probablement sauvé la vie de Colin. Ils se souviennent avoir vu des parties du bateau – y compris la roue et l’habitacle – être projetées haut en l’air. Ils sont revenus à bord et ont administré les premiers soins, aidés par des officiers du Royalist, en attendant l’ambulance.

Les services d’urgence méritent tout éloge. Le bateau de sauvetage de Poole est venu le long du yawl, et avec Royalist, l’ont empêché de couler. L’eau rentrait par les voies ouvertes dues à l’explosion. Après que Colin ait été emmené, le bateau a été remorqué pour être sorti de l’eau de l’autre côté du port. J’ai passé quelque temps à l’hôpital, avec des équipiers du Royalist, qui avaient subi des blessures et des traumatismes. On m’a recousu les plaies au pied, les coupures au visage étaient superficielles, et mes deux tympans avaient éclaté. La douleur initiale dans ma jambe, qui se trouvait à quelques cm du départ de l’explosion était la conséquence, m’expliqua-t-on, du choc sur les nerfs, un effet habituel de ce genre de situation.

Pendant qu’on me soignait, j’appris que Colin avait été amputé au dessus du genou. Son autre jambe était aussi touchée gravement, mais ils avaient pu la sauver. Il était aussi blessé au cou et aux mains, et bien que dans un état critique au début, ses jours n’étaient plus en danger.

Plus tard ce jour-là, je revins sur Lord Trenchard pour essayer de récupérer quelques affaires. Le bateau était encore à flot, mais à moitié plein d’eau et de fuel. L’intérieur était méconnaissable, rien n’était intact. L’explosion avait eu lieu sous le cockpit et le souffle s’était porté vers la proue, ravageant les cloisons, le plancher et toute la menuiserie. L’écoutille avant, qui était maintenue fermée par une traverse massive en bois, était arrachée.

La table à carte avait été propulsée vers l’avant à travers le carré, avec le radar et tous les instruments. Il semblait difficile à croire que quatre personnes pouvaient avoir survécu à ce désastre. Mélangés aux morceaux de bois et de fibre de verre, on voyait les pathétiques restes de possessions personnelles, vêtements et sacs de couchages déchirés, livres, affaires de toilette, et la flute cabossée de Colin. Un spectacle choquant, avec les taches et habits imbibés de sang, rendu encore plus triste par les blessures du skipper, .

Yawl Nicholson en Bretagne

Comment un pareil accident avait pu arriver ? Le centre d’entraînement Adventurous Sail à Gosport gère une flottille de 24 bateaux, dont neuf Nicholson 55, depuis environ 30 ans. Ils sont déployés dans le monde entier, et trois d’entre eux participaient à une course dans l’océan Indien au moment de cet accident. Ils sont entretenus et rénovés régulièrement, et parce que nombre de militaires qui y naviguent sont des novices, les procédures et routines de sécurité sont pratiquées avec la plus haute attention. Le Comité d’investigation des accidents maritimes mena ensuite une enquête complète sur l’explosion à la demande du Bureau de la santé et de la sécurité.

Comme les autres Nicholson en service, Lord Trenchard avait un système de gaz avec deux bouteilles de propane de 4 kg, montées dans un receptacle donnant dans le cockpit. Les deux connectées par un tuyau flexible au régulateur, passant à travers la cloison, et de là par un simple tube continu jusqu’à une valve au réchaud. Une planche retenait les bouteilles dans le casier avec seulement les robinets exposés.  Une bouteille était ouverte, l’autre fermée, prête à servir quand l’autre serait vide. A chaque usage du réchaud, la valve en bas était refermée. En plus, une alarme au gaz avait été mise en place, avec deux capteurs, l’un près de la cuisinière, l’autre sous le cockpit.

La veille de l’accident, la bouteille en service était arrivée à sa fin au moment où le dîner était sur le feu. Le changement a eu lieu alors, d’une bouteille à l’autre, et une note laissée pour aller remplir la première le lendemain.

Le rapport identifia a trois défaillances à l’origine de l’explosion. D’abord la bouteille mise en route la veille n’était pas correctement rattachée au tuyau flexible, la connexion était lâche (au sens de loose). Cela datait de la précédente croisière du bateau quinze jours plus tôt. Ainsi, pendant douze heures avant l’accident, la bouteille était ouverte et du gaz à haute pression s’échappait dans le casier, sans que personne évidemment ne s’en aperçoive. Le gaz aurait dû s’échapper à l’extérieur, cependant le compartiment n’était pas complètement étanche par rapport à l’intérieur du bateau, et une proportion inconnue se répandit sous le cockpit. La cause finale de la catastrophe fut que l’alarme ne marcha pas, mais on n’en trouva pas la raison, le système ayant été détruit dans l’explosion. L’expertise conclut que le générateur qui démarrait le moteur avait émis une étincelle qui mit le feu au gas.

Le yawl est un Deux mâts qui se différencie du ketch par le fait que le mât arrière (tape-cul) est derrière la barre au lieu d’être devant (artimon) ; les deux ont une mâture inverse de la goélette qui a le grand mât à l’arrière, le mât avant est le mât de misaine. https://www.bateaux.com/article/21537/reconnaitre-un-voilier-2-mats

« La leçon est que le gaz devrait toujours être fermé A LA BOUTEILLE quand on ne l’utilise pas. Mais dans de nombreux bateaux, ce n’est guère pratique, le compartiment est souvent dehors au froid et à l’humidité et parfois difficile à atteindre. Autres leçons : Le gaz est dangereux et pour rester en sécurité il faut faire plusieurs choses, tester les alarmes à intervalles régulier, en plus de fermer les bouteilles systématiquement à chaque utilisation de la cuisinière, ce qui peut apparaître comme une corvée. Vérifier aussi que le compartiment du gaz est étanche et que les conduits d’évacuation ne sont pas bouchés. Vérifier les tubes et les tuyaux, surtout remplacer ceux qui sont flexibles. La nature humaine est telle que tout cela n’est pas toujours fait. Et peut-être penser à remplacer le gaz par d’autres méthodes, comme des réchauds au fuel user-friendly, ou une cuisinière électrique si on a un générateur (sauf qu’un générateur utilise de l’essence, qui présente aussi un danger sur un bateau, note personnelle). Les accidents arrivent, mais ceux dus au gaz sont plus horribles que les autres. Nous avons eu de la chance que personne ne soit tué. Si l’explosion avait eu lieu un jour plus tôt, alors que le yacht était en mer et tout le monde à bord dans le cockpit, ou si nous avions tous été autour de la table dans le carré, des vies auraient sans aucun doute été perdues, peut-être même la totalité de l’équipage. Pour empêcher un tel désastre d’arriver, si vous devez avoir du gaz à bord, toujours, toujours, le fermer à la source. »

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