Augustins, suite

La halte forcée, 1855, Alexandre Antigna. Détail

Le tableau représente une misère noire, au milieu du XIXe siècle, une famille de six enfants et un grand-père forcée à l’arrêt dans le froid et le dénuement.

L’auteur appartient à « l’école des peintres du peuple ». Il fait aux prolétaires les honneurs de sa toile en peignant les drames de la vie du pauvre et enthousiasme d’autant plus les républicains qu’il suscite en même temps un véritable désir de venir en aide aux malheureux. Dans ses tableaux principaux, Antigna, vivement préoccupé par la question sociale, incarne à lui seul un peu de l’esprit de la révolution de 1848.
La Halte forcée, en décrivant une misérable carriole attelée d’un cheval plus misérable encore et succombant de fatigue et de froid, aborde les problèmes du chômage, de l’exode rural, tous ces bouleversements sociaux induits par la révolution industrielle et le machinisme. Le réalisme d’Antigna, renforcé par la vérité des couleurs proches du monochrome, intensifie encore le sentiment du tragique, ose jusqu’à la mise en accusation de la fatalité présente et incarne le refus de toute résignation.

Un autre personnage symbole du dénuement, quelque 2500 ans en arrière, est Diogène, le philosophe de l’école cynique, qu’on voit ici mendier auprès des statues, pour s’habituer au refus… C’est un tableau de Jean-Bernard Restout en 1765. Le mot cynique vient de chien en grec, parce que l’école prône l’humilité.

Quelques siècles plus tard, à Rome, Pline l’ancien (23-79) trouve la mort dans l’éruption du Vésuve, celle qui engloutit Pompéi sous les cendres. Pierre-Henri de Valenciennes représente sa fin et l’éruption en 1813. Pline, touche-à-tout de génie, stoïcien comme Epictète son contemporain, est l’auteur d’une encyclopédie en 37 volumes, L’histoire naturelle, utilisée des siècles après lui. Quand il apprend l’éruption, il dirige ses galères près du volcan (on en voit une sur l’image) et meurt étouffé.

Les stoïques et Epictète ont été récemment remis au goût du jour avec le grand roman de Tom Wolfe, A man in full. Les deux personnages, issus de milieux opposés finissent par adopter cette philosophie. Après la parution du livre, les Discours d’Epictète se sont vendus comme des petits pains.

Le tycoon de l’immobilier à Atlanta serait inspiré de Donald Trump :

The character « Charlie Croker » is pretty clearly Donald Trump, back in the days when he was just an egomaniacal property developer hovering on the edge of bankruptcy. I’m surprised everybody isn’t talking about this! (Robert Barker, sur Amazon)

C’est aussi l’avis de Niall Ferguson : « Want to better understand Donald Trump’s presidency? Read Tom Wolfe » :

The protagonist of A Man in Full, Charlie Croker, is a property developer. His business teeters on the brink of insolvency. He has a much younger “current” wife and an embittered ex-wife. And his inner monologue has more than a little Trump about it.

La baie de Naples et le Vésuve – au repos, fumant tranquillement -, vus du Pausilippe, sont représentés par Louise Joséphine Sarazin de Belmont en 1842. Le Pausilippe est une colline de Naples, un quartier au bord de la mer, à la vue célèbre sur la baie, chantée par les poètes, notamment Gérard de Nerval :

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie…
El Desdichado (le misérable)

Je pense à toi, Myrtho, divine enchanteresse,
Au Pausilippe altier, de mille feux brillant…
Myrtho

Enfin, pour terminer avec cette époque aux Augustins, le XIXe et l’Antiquité, Orphée aux enfers, jouant de la cithare pour convaincre Hadès de lui rendre Eurydice, par Louis Jacquesson de la Chevreuse, 1865 :

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Une Réponse to “Augustins, suite”

  1. JB Says:

    Il ne peut y avoir de dilemme pour un stoïcien :

    « After escaping from prison, Conrad assumes a stolen identity and begins working as a personal care assistant for business tycoon Charlie Croker, who recently had a knee replacement. Crcker is deep in debt, but a corrupt politician offers to pull some strings with the bank if Croker will serve as a political pawn.

    Croker asks Conrad for advice, and Conrad says, “To a Stoic there are no dilemmas. They don’t exist.”

    Confused, Croker asks for clarification, and Conrad tells him the story of Agrippinus. Emperor Nero had asked Agrippinus and Florus to humiliate themselves by acting like clowns – or face execution. Florus didn’t know what to do, but Agrippinus says that Florus will act like a clown while Agrippinus will not.

    Why? Because Florus had already considered the possibility of acting like a clown. Agrippinus, instead, tells Nero, “It’s up to you to do your part, and it’s up to me to do mine.”

    Point being, your only true possession is your character.

    Croker decides to sacrifice his business empire (and lose his trophy wife in the process) rather than be the politician’s clown. Then he becomes a Stoic evangelist. »
    https://thepaintedporch.net/2016/12/27/man-in-full-tom-wolfe/

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