Tout a une fin

La devise des Tavora sur une tapisserie au palais d’Ajuda, Findit quas cunque*, ou : Tout a une fin. Il s’agit d’une oeuvre importée de Chine par les Tavora au XVIIe siècle, faisant partie des Tavora hangings, avec une devise de sinistre augure, puisque les membres de cette grande famille noble ont été exécutés dans des conditions épouvantables par Pombal, en 1759, sous l’accusation d’avoir attenté à la vie du roi. Cette oeuvre a été confisquée par le pouvoir, et est maintenant exposée à Ajuda. Voir une vidéo de leur exécution, tirée d’une série TV portugaise. Le lieu du massacre, échafaud et bûcher :

En réalité, les Tavora n’étaient probablement pas coupables, ils ont d’ailleurs été réhabilités dès la fin du XVIIIe siècle, après la chute de Pombal. L’attentat contre le roi a servi de prétexte au ministre pour se débarrasser de la grande noblesse et détruire son pouvoir, faisant du Portugal un Etat à pouvoir central fort. Un peu comme Louis XIV a mis fin aux pouvoirs régionaux des aristocrates après la Fronde, en les attirant à Versailles, dans les potins, les intrigues mineures, les modes et les arts, afin de mettre fin aux bastions régionaux et faire de la France le modèle de la monarchie absolue en Europe.

Le palais d’Ajuda n’a servi à abriter la cour qu’à la fin du XIXe siècle, la reine savoyarde, Maria-Pia, épouse de Luís Ier (1861-1889), a été la grande artisane de sa décoration et de son aménagement.

Vue du Palais :   Vu du Palais :

On voit ici le Tage et tout le quartier de Belém, avec le Monument des Découvertes à gauche, la Tour de Belém à droite, le Centre culturel au centre, derrière le monastère des Hiéronymites.

La salle du trône et la salle des banquets :

Décoration somptueuse au palais, toutes les époques sont évoquées, de l’Antiquité au XXe siècle. Des tapisseries évoquent tout d’abord la vie d’Achille dans une salle, notamment lorsque Thétis le plonge dans le Styx, laissant son seul talon vulnérable, ou quand il traîne le corps d’Hector, après le combat épique des deux héros, autour des murs de Troie.

 

Homère, Iliade :

Achille parla ainsi, et il outragea indignement le divin Hector. Il lui perça les tendons des deux pieds, entre le talon et la cheville, et il y passa des courroies. Et il l’attacha derrière le char, laissant traîner la tête. Puis, déposant les armes illustres dans le char, il y monta lui-même, et il fouetta les chevaux, qui s’élancèrent avec ardeur. Et Hector était ainsi traîné dans un tourbillon de poussière, et ses cheveux noirs en étaient souillés, et sa tête était ensevelie dans la poussière, cette tête autrefois si belle que Zeus livrait maintenant à l’ennemi, pour être outragée sur la terre de la patrie.

Ainsi toute la tête d’Hector était souillée de poussière. Et sa mère, arrachant ses cheveux et déchirant son beau voile, gémissait en voyant de loin son fils. Et son père pleurait misérablement, et les peuples aussi hurlaient et pleuraient par la Ville. On eût dit que la haute Ilios croulait tout entière dans le feu. Et le peuple retenait à grand’peine le vieux Priam désespéré qui voulait sortir des portes Dardaniennes.

Racine, Andromaque :

Dois-je oublier Hector privé de funérailles,
Et traîné sans honneur autour de nos murailles ?
Dois-je oublier son père à mes pieds renversé,
Ensanglantant l’autel qu’il tenait embrassé ?
Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants,
Sur tous mes frères morts se faisant un passage,
Et de sang tout couvert échauffant le carnage.
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,
Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.
Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :
Voilà comme Pyrrhus vint s’offrir à ma vue ;
Voilà par quels exploits il sut se couronner ;
Enfin voilà l’époux que tu me veux donner.

D’autres tapisseries évoquent les batailles d’Alexandre, conquérant l’Asie :

Quand la cour portugaise quitte le pays pour s’exiler au Brésil, devant l’avancée des troupes de Junot, João VI devient le roi du Portugal et du Brésil en 1816, il se plaît à Rio :

À Rio de Janeiro, Jean mène une vie assez simple, dans un environnement précaire. Alors qu’il était installé dans un relatif isolement au Portugal, il se montre plus dynamique et intéressé par la nature au Brésil. Il passe ainsi régulièrement du palais impérial au palais de Saint-Christophe et séjourne aussi dans l’Ilha de Paquetá, l’Ilha do Governador, à Praia Grande, dans l’ancienne Niterói ou dans la Real Fazenda de Santa Cruz. Il y pratique la chasse et n’hésite pas à s’attarder dans les lieux qu’il trouve agréables, dormant sous un arbre ou dans une tente. Malgré les moustiques et la chaleur tropicale, que la majeure partie des Portugais et des autres étrangers déteste par-dessus tout, Jean se plaît beaucoup au Brésil.

Une gravure exposée au palais montre le dispositif élaboré à Rio pour son couronnement, on reconnaît le pain de sucre :

La bataille du Tage, les navires français devant Belém et le palais d’Ajuda, forçant le roi Miguel à reconnaître la monarchie de Juillet et Louis-Philippe, 1831 :

Une autre marine de la même époque, avec la tour de Belém :

Le fils de Luis et de Maria-Pia, Carlos devient roi du Portugal en 1889 et sera assassiné en 1908 à 45 ans avec son fils sur la place du Commerce, au centre de Lisbonne et au bord du Tage, par des républicains extrémistes. La république sera instaurée deux ans après.

* Pour Findit quas cunque ou Quascunque findit, on trouve deux traductions, Tout a une fin, ou bien Trépasse qui que ce soit :  La dernière source vient d’un article de Maria de Lourdes de Calvão Borges de 2013, dans la revue Armas e Troféus.

Ajuda, suite.

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2 Réponses to “Tout a une fin”

  1. JB Says:

    Ou encore, le sens littéral, « Il divise toutes choses ». Merci à Yann Leclerc. Qui propose aussi cela : « J’ai trouvé la citation « Quascunque findit rostro » dans un index de symboles, ce qui veut dire « il/elle sépare tout avec sa pointe ». « Rostrum » veut dire museau ou pointe (qu’il s’agisse d’un animal ou d’un navire). »
    Ou : « Elle fend toutes les vagues avec sa proue », ce qui conviendrait parfaitement aux prouesses maritimes des Portugais.
    « On peut penser que « quascunque » désigne des navires ennemis, et que l’ensemble le sujet soit le navire qui symbolise la famille. « Il les fend toutes ». » YL, merci encore.

  2. JB Says:

    Il y a aussi le poisson, représenté au centre de la tapisserie, et les vagues ! Merci à J.-F. Gouband pour l’avoir remarqué : « La devise ne fait-elle pas tout simplement référence au poisson représenté : il les fend toutes (les vagues qui apparaissent aussi). Les Tavora étaient-ils des armateurs ? »

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