Un naïf réaliste


Tableau commandé par Charles Rocheteau, patron de la barque Jeune Paulette, suite à une tempête essuyée le 9 mars 1927. Par chance, « elle put, sa grand-voile en lambeaux, rentrer au port dans une mer d’écume. »

Ce sont les marines de Paul-Emile Pajot (1873-1929), marin-pêcheur, peintre à ses heures, et écrivain, auteur d’un journal détaillé entre fin XIXe et début XXe. Ses merveilleux tableaux de navires peuvent être admirés au MASC (Musée de l’abbaye Sainte-Croix), aux Sables d’Olonne. Après des mois de fermeture due au confinement, les musées rouvrent, c’est l’occasion.
Un côté naïf, mais un naïf réaliste du fait de la précision, du détail, et de la véracité des traits pour représenter les navires. Des navires aux noms admirables, des noms d’antan, fleurant bon une époque révolue:

Ami du drapeau, Si j’étais roi, Vers le calme, Etoile de Noël, Etoile des Pyrénées, Français, Fleur de Strasbourg, Camarade, Rosalina, La volonté de Dieu, Mathusalem, Petit Florent, Jeune Paulette, etc.

Il est homme qui peint des bateaux. Il ne peint pas des bateaux pour les gens qui aiment la peinture, mais il est un peintre pour gens qui aiment les bateaux.
Jean Cocteau, 1925

Toute une époque :

En 1896, il épouse une amie d’enfance, Dalie Merien. Ils auront sept enfants : Paul-André, Théodore, Gilbert, Vercingétorix, Rosalva, Salvador et Garibaldi.

L’ami du drapeau a navigué entre 1919 et 1927. Il arbore une petite girouette en haut du mât ainsi qu’un escargot peint sur la voile. Outre le matricule du navire, le patron peut en effet décorer sa voile de petits symboles décoratifs, comme une étoile, un cheval… Quant à la flamme, elle n’est sortie que pour de rares occasions comme les régates. Les détails en arrière-plan sont souvent sommaires chez Pajot, à l’exemple des villas du remblai. La dédicace est adressée au critique d’art Charles Fegdal, propriétaire du tableau. (Notice du musée)

Si j’étais roi a été lancé aux Sables d’Olonne en 1892. Il passera au quartier de Lorient en 1911. Toutefois, Pajot a commis une petite erreur au niveau du matricule qui est en réalité LS 1540 et non 1076. (ibid.)

Vers le calme, on voit la tour d’Arundel à droite, emblème de la ville.

Naufrage du dundee Petit Florent :

L’histoire, racontée par Pajot lui-même :

Mercredi 27 février 1929, dans la soirée, la mer se grossit d’une façon si violente que les passes dangereuses des Sables-d’Olonne, ne tardèrent pas à devenir impraticables. Plusieurs dundées mouillèrent en dehors des dangers. La barque Louis Perpétue qui était venue dans les passes, réussit malgré la mer et presque pas de vent, à se retirer plus loin où elle mouilla à son tour. Mais tous ces bateaux étaient en danger. Le bateau de sauvetage se tint prêt à leur porter secours. Mais un terrible drame s’était passé plus loin, sans que personne sur la côte s’en fut aperçu, car il n’y avait pas de vue. Le dundée «Petit Florent» de la Chaume, venait d’être coupé en deux par une lame monstrueuse. Il était commandé par le patron Chauvet, 27 ans, ayant comme matelots Hascouet, 32 ans ; Alphonse Morisseau, 19 ans ; Désiré Chauvet, 23 ans et René Plévant, 13 ans. Ce n’est qu’après une manœuvre habile et hardie que le patron Louis Gillier de la barque Louis-Perpétue admirablement secondé par les matelots Tron, Baud, Héraud et Plévent, purent sauver Chauvet et Plévant accrochés à des épaves. Les trois autres malheureux disparurent dans l’abime avec le dundée en miettes. Vers 6 heures du soir, les bateaux entrèrent au port par une furie de vent de Nord. (Dans Voiles et Voiliers)

Les dundees étaient construits aux Sables :

Les dundees étaient construits aux Sables-d’Olonne, qui produisait les coques les plus légères, les plus rapides et meilleur marché, et dans plusieurs ports bretons (Concarneau, Douarnenez, Pont-Lorois, Lorient, Camaret) qui produisaient des bateaux plus lourds et plus solides comme thonier et langoustier.

Autres peintres au musée, dont le grand Albert Marquet, en 1933 :

Un ami lui ayant vanté les Sables-d’Olonne, Marquet s’y installe tout l’été avec Yvonne et travaille beaucoup, entre autres à des vues de La Chaume. Il passe son permis de conduire et s’achète une Ford au volant de laquelle il sillonnera désormais les routes « avec maladresse et témérité ».

Marquet sur une façade d’immeuble du remblai :

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